Sommaire
Non, décidément, je ne m’en lasserai jamais. Trouver des jeux de mots douteux pour commencer mes articles requiert certes un effort intellectuel temporellement conséquent parfois, mais qu’importe, j’aime rire à mes propres âneries.
Comme quoi douze ans de mariage et près de vingt ans de couple avec Jipé finissent par laisser sur moi des séquelles. (Oui je l’incrimine, et oui, j’ai le droit : l’humour douteux, à l’origine, c’est lui. Héréditaire, de surcroît).
Les vacances à Ardillières sont archivées depuis quelques temps. Août avance, la rentrée approche, l’agenda des enfants est plein jusqu’à octobre. Nos pensées sont tournées vers septembre, la rentrée, la dispo, des travaux nouveaux décidés à la hâte.
Et dans tout ça, notre anniversaire. Un samedi, cette année. Mi-août, une idée germe : pourquoi ne pas en profiter pour partir tout le week-end, le fêter tous les deux, en tête-à-tête, et surtout, ne rien gérer ? Papy et Mamy sont prévenus, ils garderont les Monstres et ont le privilège, en prime, d’hériter d’Ucci. Décision difficile, car tout de même, Ucci est ce qu’elle est ; mais elle les connait, et puis Loulou est là, il sait gérer, et de toutes façons, aucun gardien n’est libre. C’est ça ou l’emmener.
Sueurs froides. Ci-fait, Ucci sera laissée, si Papy et Mamy l’acceptent.
Cette année, les vacances n’excitent pas notre inspiration. Où aller, que faire ? Des idées sont lancées, mollement, sans conviction. Une semaine avant, il faut se décider. Un peu coupables pourtant, car nous aurions aimé y emmener les enfants, nous choisissons Versailles. Anniversaire, d’accord : mais anniversaire de rois !
Le logement
C’est un week-end en amoureux, donc comme souvent, Jipé prend les choses en main. Autant pour la famille, c’est plutôt moi qui gère et qui trouve, autant pour nous deux, il aime bien fouiner et dénicher des pépites. Ma seule implication consiste cette fois à suggérer un nouveau site que j’ai vu passer sur les réseaux. « Tu me fais confiance, ma chérie ? » dit-il d’un air espiègle. Pour me défaire de cette charge, autant dire que je réponds « oui » les yeux fermés.
Comme nous avons décidé tardivement de ce week-end, et comme en plus il intervient pile pendant les grandes vacances, nous pourrions décider de chercher rapidement et activement un logement. Utopie, bien sûr. Une semaine avant le départ, Jipé parcourt les sites qu’il utilise d’ordinaire sans trouver grand chose. Un peu dépité, il tente celui que je lui suggère, Staycation, trouve enfin quelque chose. Il est tout excité : ça promet une jolie surprise… ou une blague douteuse.
Le logement réservé est une chambre d’hôtel. Peu habituel pour nous, mais pas désagréable pour un week-end à deux. L’hôtel Le Louis est à deux pas du château, sur l’avenue principale. L’endroit est huppé, plutôt luxueux. Grâce à Staycation, Jipé a obtenu une chambre surclassée. Nous sommes accueillis comme des rois…
… ou presque. Pas de carrosse pour nous, mais la voiture garée dans la rue principale. Avec parcmètre, bien sûr. L’hôtel dispose de peu de places de parking, il fallait réserver pour être sûr d’en avoir une. Ô joie.
A notre arrivée, nous réservons le restaurant, qui propose de tout : végétarien, vegan, sans gluten, sans lactose… Impression enivrante d’être choyés, de ne pas être tombés n’importe où. Chez nous, nous n’allons plus au resto tant l’offre VG est inexistante. Autant dire que l’endroit nous parait le comble du luxe.
Munis de nos pass, nous montons à la chambre. Versailles nous y attend. Sur le lit décoré, une petite boîte à notre attention, quelques menus cadeaux pour célébrer notre anniversaire de mariage. C’est peu mais c’est suffisant.





Au dernier étage, une salle de gym et un SPA fonctionnent en continu, du matin jusqu’au soir. De la terrasse près des toits, on aperçoit Versailles. S’habituer au luxe devrait être dans nos cordes.






- Informations : Hôtel Le Louis, 2 bis rue de Paris 78 000 Versailles, Le Louis Versailles Château Hotel – MGallery, offre trouvée sur Staycation | Des expériences dans les plus beaux hôtels autour de vous
Notre avis : ce genre d’hôtel ne fait vraiment pas partie de notre monde. Des gens très riches, des commerciaux de passage, des familles étrangères venus des confins du monde… Cosmopolite, sans conteste, mais surtout très aisé. Au point d’entendre lors du petit-déjeuner matinal, où le buffet n’en finit plus de s’étaler, que « franchement, c’est peu diversifié, rien à voir avec le buffet de l’hôtel à Dubaï, tu te souviens, chéri… ». Bref, pas notre monde, pas notre truc, mais tout de même, il est assez plaisant de changer d’atmosphère et de se pelotonner dans l’aisance quelques jours. L’hôtel est sympathique, bien sûr, les services appréciables, le personnel aux petits soins… Agréable, sans doute, pour un hôtel. Mais ça reste un hôtel. L’avantage principal étant sa proximité avec Versailles, sa vue, et évidemment, le copieux petit-déjeuner. Donc pour nos estomacs, c’est un grand oui.
Jour 1 : Du vert, des verres et Versailles
Enfants confiés, chienne larguée, Papy et Mamy encombrés, nous voilà partis de bon matin ce vendredi. La route se fait sans mal, et à 13h, enfin, nous entrons, sereins, dans la périphérie de la ville.
L’arrivée à Versailles nous laisse un peu circonspects. La ville des rois, celle de Louis XIV, franchement, on en attend du grandiose, du magnifique, des bâtiments anciens et impressionnants. Malheureusement, Versailles n’a pas échappé à la coulée du temps. Et la périphérie n’est pas plus belle ici qu’ailleurs.
J’avoue, le premier aperçu me laisse un peu déçue. En fait, j’ai même du mal à croire que nous sommes bien à Versailles. J’attendais une ville hors du temps, je plonge dans une architecture vieillotte comme j’en connais des tas. Pour le prestige, on repassera.
Jipé navigue au hasard, se fie aux panneaux. Cet après-midi, nous visitons les jardins du château, il ne doit pas être trop difficile de trouver le bâtiment. Une bâtisse de rois, ça doit se repérer tout de même.
Les panneaux nous amènent sur l’avenue de Paris. Une artère énorme, à la fois longue et large. Et au bout, bien sûr, le château de Versailles.
Bon… je retire ce que j’ai dit, ce que j’ai pu penser, je condamne mes premières impressions et fustige mon manque de foi. Une bâtisse de rois, en effet, ça se repère de loin… et ça en jette.
Je trépigne sur mon siège comme une gamine à Noël. Jipé prend le temps de la réflexion, il cherche un parking, il veut être près du château et pas loin de l’hôtel. Je glapis d’impatience, dans ma tête, j’ai une longue robe de bal et des pantoufles de verre. Je ronchonne, je veux que ça aille plus vite, Jipé s’en contrefiche et se pose où l’emmène Waze… à savoir sur le parking de la Place d’Armes, au pied du château. Tous ces détours pour ça !
Je descends, je regarde partout, je bois l’environnement des yeux. Il n’y a pas que le château qui impressionne mais l’avenue entière, les rues périphériques, les pavés, les vieux bâtiments, le tout. Un quartier historique comme je l’avais rêvé. Et mieux encore que dans mes rêves.
J’hésite quelques instants sur la tenue à avoir : chaussures de ville ou de marche ? J’opte pour les baskets, même si la prestance du lieu provoque quelques grimaces et me couvre de honte. Biberonnée aux Disney, j’entre dans un château vêtue seulement de haillons… comme si tous ces visionnages ne m’avaient rien appris !
Jipé vise le château, mais moi, j’ai d’autres projets. Je quitte le parking, longe le trottoir, me mets face au château. Une statue nous attend, je la salue d’un geste, aveuglée par le soleil. « Attends, Jipé, je veux voir qui est représentée ! » J’avance avec importance. « Louis XIV » Jipé se fend d’un rire. Drapée dans ma dignité, je l’ignore et rejoins le château d’un pas de princesse outrée.
Les Jardins du château
Nous avançons jusqu’au portail enluminé d’or, le contournons pas la gauche, longeons l’aile du château. Au-delà, les premières esquisses des jardins, que nous voyons peu tant l’aile est bondée. Je regarde d’un œil torve la file s’allonger. Combien de temps nous faudra-t-il pour entrer ?
« On a des pass. Normalement, on peut visiter les jardins et éviter la queue. »
Les yeux embués de bonheur, je demande à Jipé s’il est sûr de lui. Il vérifie auprès d’une employée, qui confirme ses dires et nous montre d’un geste une file minuscule dans un coin de l’entrée. Je crois que j’aurais pu demander Jipé en mariage sur le champ si nous n’étions pas déjà mariés.
Nous nous faufilons sur les lieux déjà gavés de monde. J’ai peur de ne rien voir, de me faire marcher sur les pieds, de ne pas profiter au milieu de tant de monde. Mais à peine sommes-nous entrés que je comprends l’étendue de mon erreur en constatant l’étendue des jardins : l’endroit est si immense que même depuis le parvis nous ne pouvons en embrasser la totalité d’un seul coup d’œil. Du vert partout, des couleurs, des formes, des fleurs. L’orangerie par-ci, les hauts escaliers par-là, une fontaine, puis une autre, une salle de balle extérieure… Je bois les indications du plan autant que la grandeur des jardins. Et quand je dis grand, je l’emploie dans tous les sens du terme : c’est grand et grandiose tout à la fois !
Comme personne ne s’engage dans les escaliers qui mènent à l’orangerie, je décide que nous commencerons par là. Nos yeux font facilement le tour du carré, il devrait être facile d’en faire rapidement le tour. Et puis, il n’y a pas grand monde, ce qui me convainc définitivement de m’élancer par-là. Je trépigne, je galope, Jipé reste à l’arrière avec son appareil photo, je le rejoins parfois, le gronde, le presse, bref, je tremble de joie.


Mais si mes yeux ont facilement embrassé l’orangerie, nos pieds sont moins alertes : et finalement, ce qui paraissait petit s’avère bien plus vaste que ce que l’on pensait. Le plan, évidemment, atteste ce sentiment ; aussi bifurquons-nous de l’autre côté de l’escalier, où se dressent les immenses bosquets du jardin principal.



« Je veux aller au Bosquet de la Reine ». Pragmatique, Jipé déplie le plan, il n’envisage même pas de me le céder, et j’avoue, je ne le réclame pas. Mon sens de l’orientation douteux ne nous sera d’aucune aide dans ce genre d’endroit.
C’est ce que je me dis et c’est ce qu’il se dit. Et pourtant, je sais bien à quel point, parfois, des éclairs de génie peuvent tomber sur moi en matière de repérage. Des éclairs de génie ou mon instinct de survie, qui sait.
Nous pénétrons le bosquet, suivant les indications de Jipé. « Voilà, c’est ici. » Je grimace. C’est ça, le bosquet de la Reine ? Je sais que les reines sont traditionnellement moins importantes que les rois, mais tout de même, à Versailles, j’avais espéré un peu mieux… Un espace ceint de buissons avec un petit banc. Voilà. La Reine avait-elle besoin d’intimité ? Voulait-elle seulement un petit espace secret chichement décoré ? Nous continuons, j’aimerais voir la salle de Bal, Jipé nous emmène vers ce qu’il pense être le Bosquet du Roi… On avance, on recule, Jipé a l’air perdu. « C’est quoi ce plan ? On ne s’y retrouve pas ! » Il s’énerve un peu. Un plan brinquebalant qui s’affranchit de la logique ? Evidemment, c’est une affaire pour moi !
En un rien de temps, je trouve le Bosquet du Roi (et comprends donc que nous ne sommes pas du tout passés par le Bosquet de la Reine… L’honneur des Reines est sauf). Pas de doute possible : le bassin miroir est bel et bien là. A notre arrivée, il s’anime, un spectacle nous accueille, je trépigne à nouveau. Je consulte le plan, la Salle de Bal m’intrigue, je veux absolument la voir ! Je suis les allées, arrive à destination. Encore plus magistrale que ce que j’attendais ! Sur le plan, tout nous attire, et vu comme sont faits les jardins, impossible d’avoir une vue sur ce que cachent les bosquets ! Il nous faut donc choisir. Près de nous, passe une voiture de golf, puis une autre encore. Je peste intérieurement. Ce ne sont pas les premières que nous voyons. La première fois, nous en avons ri « Quand même, les flemmards ! C’est bien plus sympa de marcher dans les jardins ! » Là, je ris jaune : vu la taille des jardins, l’idée n’est pas si idiote finalement…
Mais pas le temps de pleurnicher. Une voiture abandonnée m’inspire l’idée d’un petit larcin, que je balaie aussitôt. La journée passe vite, les jardins sont immenses, nous ne pourrons pas tout visiter. Il faut donc éviter de perdre du temps et faire notre choix en consultant le plan.
Problème : TOUT nous fait envie. Tous les noms nous attirent, et quand, par bonheur, nous parvenons à éliminer certains bosquets, ceux qu’il nous reste se trouvent à des angles complètement opposés sur le plan. Je pouffe : la frustration me gagne alors que nous commençons à peine la visite. Je m’imprègne vraiment bien de mon rôle de princesse.
Nous agissons donc le plus logiquement possible : chacun dit ce qu’il aimerait voir, nous établissons un itinéraire qui nous semble correct. Toutes ces parties de Labyrinthe enfin mises à profite ! Il était temps que mes défaites servent enfin.
De la Salle de Bal, nous rejoignons le Bosquet des Colonnades, puis le Char d’Apollon. Tous nous subjuguent lors de nos passages. Par-delà le char, l’eau à perte de vue, de l’herbe, des points chauds, des gens. La sortie arrière, et indiqué au-delà, le Petit Trianon. Les larmes me montent. « Il n’est pas dans les Jardins ? Mais je voulais tellement le voir… » Je couine dans mon coin, Jipé prend Apollon par les cornes : il se renseigne auprès des agents à la sortie. « Vous pouvez sortir une fois et entrer à nouveau, bien sûr. » A peine a-t-il fini que je trottine dans la direction indiquée.
La route est un peu longue, nous nous en rendons compte dès la sortie. Un service de location de vélos nous fait de l’œil. Je repense à Marie-Antoinette qui faisait le chemin à pied, engoncée dans ses kilos de tissus de robe. « Nous irons à pied. » dis-je, prête à emboiter le pas à Marie-Antoinette… en haillons, bien sûr.
Sortis du Petit Trianon, nous rejoignons les jardins. La marche commence à nous peser, nos corps ankylosés nous trainent plus qu’ils ne nous portent. Mais il reste trop à voir pour se laisser convaincre de se reposer ! Après un passage rapide par un point restauration aux abords des jardins (passage que j’omets de détailler tant les prix aberrants m’horripilent encore… 3€ la bouteille d’eau de 50cl, c’est sérieux ?!!), nous regagnons les jardins et visons aussitôt le Théâtre d’Eau. Personne ne s’y masse, et pour cause : une pancarte indique que les animations sont en panne. Ô joie. Nous remontons vers le Bassin de Neptune, que nous n’observons que de dos tant la fatigue nous prend, puis passons près du Bassin du Dragon avant de remonter sur le parvis de Versailles. De là, nous découvrons enfin la vue sur les jardins que nous avons esquivée à notre arrivée. Comment décrire une telle splendeur ? Il faut la vivre, vraiment, car les mots ne suffisent pas.
Informations : les Jardins de Versailles, Place d’Armes, 78000 Versailles, renseignements ici Billets et Tarifs du Château de Versailles – Billetterie officielle
Notre avis
WAOUH. Aucun autre mot de peut résumer ce que nous avons vécu. Nous attendions beaucoup des jardins de Versailles, et vraiment, nous n’avons pas été déçus. Tout mérite d’être vu, tout est à l’image de la magnificence qu’on attend de Versailles, tout est disproportionné, grandiose, à couper le souffle. Rien ne dépasse de rien, rien ne trouve pas sa place : de nombreux styles s’y trouvent, et que vous aimiez les arbres, les fleurs, les endroits secrets, les fontaines ou les statues, vous ne pouvez qu’y trouver votre bonheur. Une seule journée ne suffit pas à en faire le tour, alors n’hésitez pas à prévoir plusieurs visites.

















Le Petit Trianon






Il est loin du château, donc il se mérite. Mais je tenais vraiment à visiter ce petit bijou tant prisé de Marie-Antoinette.
Une petite frayeur nous attend à notre arrivée. L’entrée est payante, les billets sont déjà vendus. Je grommelle, j’ignore si notre pass nous en ouvre l’accès. Heureusement, oui. Soulagée, je m’engouffre dans l’entrée sans demander mon reste.
Loin de la grandeur de Versailles, le Petit Trianon se démarque par sa relative petitesse. Une demeure cossue mais de taille raisonnable. Une maison, enfin, et non pas un château. La visite est libre, jalonnée de panneaux explicatifs. Quelques guides, parfois, nous éclairent sur le lieu par un hasard béni. De pièce en pièce, nous en découvrons l’histoire, la construction, la vaisselle, la patte de ses propriétaires successifs. L’immense billard de Louis XV nous fait grand effet. Et à l’étage, le vert d’eau si aimé par Marie-Antoinette.
Nous y passons du temps tant l’endroit m’inspire. Une fois au-dehors, et quoique le temps passe, nous concédons une visite rapide des jardins. Ce qui devait n’être qu’un aperçu devient une exploration : nous suivons la rivière anglaise jusqu’au Temple de l’Amour, puis remontons vers le Rocher, le Belvédère, la Maison du jardinier, le Petit Théâtre, le Pavillon français et enfin, le Pavillon Frais. L’endroit est si bucolique et si éloigné de la géométrie des jardins de Versailles que nous avons du mal à en partir.
- Informations : le Petit Trianon, avenue de Trianon 78000 Versailles, Billets et Tarifs du Château de Versailles – Billetterie officielle
Notre avis
Un gros coup de cœur pour moi. J’attendais impatiemment cette visite, et à vrai dire, en approchant du lieu, j’ai eu peur d’être déçue. Mais ce ne fut pas du tout le cas. Moins guindée que Versailles, à taille humaine, avec ses jardins pittoresques, le Petit Trianon est une visite à faire. C’est beau, c’est enivrant, c’est poétique, l’atmosphère est ancienne et douce à la fois… Comment ne pas tomber amoureux d’un tel endroit ? Sur place, j’ai vite compris pourquoi Marie-Antoinette y avait établi ses quartiers… Que ce soient pour les jardins ou la maison, il faut absolument y aller.
Visite du château de Versailles
Notre visite est prévue à 17h, nous passons par la Librairie des Rois, à proximité de l’entrée, afin de passer le temps. Je trépigne, 17h, c’est tard, sachant qu’au téléphone, on nous a annoncé une fermeture à 18h30. Une heure trente pour faire le tour d’un palace pareil, il ne faudra pas trainer !
Et je ne mentionne même pas la fatigue liée aux kilomètres effectués dans les jardins… Autant dire que je ne suis pas d’humeur joviale ! L’ambiance militaire est d’ores et déjà activée.





Un peu avant 17h, Jipé propose de s’approcher, je grommelle, à quoi bon puisque ce n’est pas la bonne heure ? Satisfaits de nous voir, les agents nous laissent entrer. Jipé exulte, il bombe le torse, je n’ai même pas à cœur de le rabrouer, trop heureuse de gagner quelques minutes sur notre visite.
Nous sommes tout juste entrés qu’on nous souhaite bonne visite : « Mesdames, Messieurs, le château fermera ses portes à 18h » J’adresse à Jipé un coup d’œil torve. 18h, vraiment ? Il affiche une moue dépitée. « Elle m’a dit 18h30 au téléphone… » Amputés de 30 minutes sur nos plans initiaux… Le torse se dégonfle et nous nous hâtons d’entamer la visite.
Nous n’avons pas choisi de visite guidée, mais le circuit suit toutefois dans un certain ordre. Le Pavillon des Mesdames, d’abord, c’est-à-dire les appartements des filles du Roi. Les mondains appellent ça une chambre ; j’appelle ça une maison bourgeoise. En analysant l’espace, je compte combien de logements étudiants tiendraient à cet endroit… les souvenirs de ma première chambre étudiante, en internat, me font pouffer de rire. A ce niveau-là, même le mot luxe ne suffit plus.
Le quartier nous fait toutefois une très forte impression. Nous enchaînons avec les Appartements du Roi, qui commencent par la sublime Chapelle. Et sublime, le mot est faible. Nous la quittons à regret, déjà la frustration bouillonne, nous avons trop peu de temps pour visiter le château. Promesse est faite de revenir avec les Monstres et de réserver plus tôt dans la journée (j’avoue, les enfants, c’est une excuse pour revenir…). Se présente ensuite un enchainement de pièces que je dirais « pièces musées », décorées de tableaux, de maquettes, de points historiques et d’écrans. Pas le plus intéressant selon moi, j’aime savoir ce que je visite, et quand je visite un château, je veux voir des pièces de vie, pas des pièces musées (ou pas autant). Mais tout est question de goûts, après tout.
Nous continuons la visite, je suis complètement perdue dans les couloirs. Premier ? Second étage ? Aile est, ouest ? Aucune idée, je suis juste le mouvement. Il y a beaucoup de monde, Jipé avance à son rythme d’escargot, moi au mien. Nous reviennent les pièces habitées jadis (oui oui, jadis ; j’aurais même pu dire autrefois, mot préféré de Doudou), la salle de bal, la chambre de la Reine, puis du Roi, l’antichambre (ou bien plusieurs ? Impossible de savoir tant il y a de pièces !), la chambre des Nobles, la chambre du Couvert, et enfin, enfin ! La Galerie des Glaces. Je l’attendais sans doute autant que la visite du Trianon. Elle ne me déçoit pas, et au soleil couchant, la lumière est magique. Quelques portes dérobées nous font clairement de l’œil, mais il y a trop de monde pour s’y aventurer (non, c’est pas vrai : on est trop bons élèves pour se le permettre, c’est ça, la vérité). Quelques pièces échappent à nouveau à mon intérêt (celles sur Napoléon, obligatoires, vraiment ?!). La fermeture approche, nous pressons le pas, mêlés aux nombreux groupes guidés de-ci de-là. La sortie se présente, les points chauds à l’intérieur du château sont déjà tous fermés. A regret, nous passons le portail et rentrons au parking, où la note (salée…) ne parvient quand même pas à nous faire redescendre de notre nuage royal.
- Informations : Château de Versailles, Billets et Tarifs du Château de Versailles – Billetterie officielle
Notre avis
Est-il vraiment possible de ne pas aimer le château de Versailles ? Très honnêtement, j’en doute, à moins d’être hermétique au beau et à l’histoire… et encore. Quoique trop rapide, la visite nous a enchantés. Le château tient sa promesse de luxe et de grandeur et les informations glanées ici et là éclairent bien quant à la vie à l’époque des rois. Les amoureux d’histoire devraient s’y retrouver avec les nombreuses pièces consacrées aux événements historiques, de la construction sous Louis XIV aux campagnes napoléoniennes. En terme de culture, d’art ou de décoration, je pense qu’il y en a vraiment pour tous les goûts. Jipé a eu un énorme coup de cœur pour la chapelle, tandis que pour ma part, je suis revenue sur mes pas pour admirer la chambre de la Reine tant elle m’a plu. Petits bémols toutefois : au sortir du château, j’ai regretté de n’avoir pas eu accès à des pièces de vie centrales, notamment à l’étage des rois, comme les cuisines, les salles de repas ou les bureaux. On n’oublie pas que la découverte culturelle, chez nous, passe toujours par l’estomac, alors ne pas voir de cuisine, c’est un peu comme aller en vacances dans le sud et ne pas voir la mer… inconcevable ! Visite à faire, bien sûr (qui se rend à Versailles pour autre chose que le château, de toutes façons ?) ; à refaire, nous prendrions au moins une visite guidée en plus de la visite libre.















Arrivés à l’hôtel, nos jambes ont besoin de REPOS. Après avoir récupéré le pass, réservé le resto, découvert la chambre, mangé, il est temps de profiter pleinement du luxe de l’hôtel : il est 21H30, engoncés dans nos peignoirs, nous montons à l’espace fitness, direction le sauna et le hammam. Les machines de fitness, tapis de courses et autres engins de l’enfer, nous accueillent dès notre arrivée, bras ouverts ; autant dire que nous esquivons l’appel sans autre forme de procès… Un seul homme se trouve au hammam, et grâce à lui, on manque de se vautrer en beauté à peine arrivés. Allez savoir comment, il a inondé le sol, rendu particulièrement glissant. Pour le repos, on repassera… Qu’importe : hissés au-dessus des toits, nous passons du hammam au sauna, puis aux douches tropicales, et lézardons parfois sur les transats. De quoi mettre nos corps en bonne condition pour les découvertes du lendemain.
SPOILER ALERT : évidemment, en partant, on n’a pas résisté : on a essayé les machines. En maillots de bain – peignoirs sur les tapis de course et les engins de muscu, on était comme deux gosses qui rient en essayant de conduire une voiture. Un carnage, mais avec des rires.



Jour 2 : Des eaux, pas déso
La nuit n’était pas aussi reposante qu’espérée, un peu comme si Ucci s’était planquée dans nos bagages et nous avait toute la nuit dérangés…. mais tant pis ! A 8h30, heure du réveil, passage par l’accueil pour récupérer une place au parking. J’attends Jipé dans le hall, je vois les gens défiler en direction du buffet du petit-déjeuner. L’angoisse m’étreint, l’énervement aussi, il n’y aura plus de place, il n’y aura plus rien… Même au cœur du luxe, j’ai des réflexes d’affamée.
Jipé revient, je ne l’attends même pas, je m’élance en direction de la salle du petit-déjeuner. « En terrasse ou à l’intérieur ? » J’offre au majordome une œil rond : à l’intérieur, le plus près du buffet, bien sûr !
Evidemment, il reste de la place. Evidemment, il reste à manger. Et évidemment, le buffet sera régulièrement réapprovisionné avant notre départ. Comme dirait Shakespeare, beaucoup de bruit pour rien dans ma petite tête de gourmande inhabituée.
L’avantage du petit-déjeuner de l’hôtel est double : il est à volonté et hyper varié. L’idée est donc simple : bruncher plutôt que déjeuner et s’éviter des galères pour trouver à manger le midi.












Une heure après notre arrivée, nous décampons, repus. « Bon, aujourd’hui, on y va mollo sur les kilomètres. » On y croit tous les deux, vraiment. Un peu comme on annoncerait « Allez, un petit régime avant les fêtes ! » au premier jour du mois de décembre…
Pour commencer notre périple, nous remontons vers le château. De là, nous repérons, au hasard, notre futur itinéraire, suivant nos envies et parfois les panneaux plutôt qu’un plan bien précis (plan que nous n’avons pas, d’ailleurs). De rues piétonnes en places pavées, nous voilà arrivés aux abords du marché sur le parvis de la Cathédrale Saint-Louis. Marché, parvis ? Pas besoin d’hésiter.
La Cathédrale Saint-Louis











Une cathédrale de cette taille, dans la cité des rois, ça ne snobe pas. Comme elle est ouverte, nous nous y engouffrons sans délai.
La porte, déjà. En haut des marches du parvis, une porte double, immense, vertigineuse même. Les portes des monuments saints sont souvent impressionnantes ; là, on passe tout de même au cran supérieur.
Bien entendu, l’entrée se fait par les portes latérales. Qu’importe : nous voilà dans l’immense bâtiment. Tout se présente sous les meilleurs auspices… ou presque.
Derrière nous, un groupe s’engouffre, mené par un guide. Le guide braille : dans le silence de l’église, on n’entend que lui. Je me tourne, jette un œil exaspéré, et je comprends enfin : une armée d’anciens derrière lui. Ca babille, ça braille, ça part dans tous les sens et ça pousse les gens. Je manque de tourner de l’œil : il faut fuir, et vite !
J’avance dans la cathédrale, je calcule mon chemin pour éviter le groupe. Peine perdue, stratégie foireuse (étonnant de ma part !) : le groupe nous colle comme un chewing-gum à une semelle.
J’avance bon an mal an, analyse les tableaux, admire la chaire, l’autel, les immenses vitraux. La cathédrale est immense, baignée de lumière. J’en admire les contours, mais toujours, les anciens sur mes talons. Quand le guide amasse le groupe autour de l’autel, je m’éloigne, scandalisée. Certaines parties des lieux saints sont intouchables pour moi, quand bien même on n’en partage pas les croyances. Dans ma tête fuse des répliques grognonnes « Il y a plus de respect, de nos jours… » Dire ça à des anciens, le comble de l’ironie. Je quitte la cathédrale d’un bon pas avant d’être définitivement contaminée.
- Informations : 4 place Saint-Louis 78000 Versailles, Accueil – Paroisse Cathédrale Saint-Louis
Notre avis :
Est-il vraiment envisageable de venir à Versailles et de ne pas visiter la cathédrale royale qui s’y dresse ? Non. Alors allez-y. Les églises sont toujours des endroits à faire. Le tour est rapide et personne n’y perd son temps. Cette cathédrale, comme d’autres, vaut pleinement le détour. Vous n’y perdrez pas votre temps (peut-être juste votre bonne humeur si vous êtes pris en chasse par un groupe de grabataires).
Le Potager du Roi















L’avantage de Versailles, c’est que tous les 10m, on tombe sur un lieu en rapport avec l’histoire royale du pays. De l’autre côté de la rue qui longe la cathédrale, un très haut mur d’enceinte dissimule un endroit qu’une maisonnette en coin annonce comme le Potager du Roi. Dans la maison en question, une petit magasin, avec vente de légumes provenant des potagers, livres, souvenirs divers. Et accès au-dit potager.
L’endroit m’intrigue, Jipé rechigne. Une visite payante, ça le gonfle prodigieusement (cf : les parkings payants de l’Île de Ré. Occasionnellement, Jipé peut se montrer pingre…). Mais comme je veux y aller, il se laisse convaincre.
Vous ai-je mentionné l’échec du Grand Trianon ? Au sortir du petit Trianon, la veille, nous sommes passés près du Grand Trianon, juste pour jeter un œil. Nos pass ne nous permettaient pas d’y accéder. En jetant un coup d’œil à l’affichage des prix, j’ai remarqué que les enseignants bénéficiaient de tarifs au titre du Pass enseignant, ce fameux pass gratuit qui est refusé partout où je le présente (et dont je soupçonne depuis quelques temps qu’il est une carte inventée pour la blague, comme les fausses cartes bleues des jeux de marchande d’enfant ou comme les billets de Monopoly). Bien sûr, j’ai dégainé mon pass, fière de savoir que j’aurais pu l’utiliser… avant de me rendre compte que j’avais oublié de le faire renouveler. Valable jusqu’en 2024. Epic fail.
Devant le comptoir de l’entrée du Potager, je vous le donne en mille : des réductions sont accordées pour la même raison. Certaines matières ont même des tarifs préférentielles. Mon sourire se mue en rictus. Si ce n’est pas du foutage de tête, ça…
Mais je n’enseigne ni l’histoire, ni les arts. Mon diplôme d’anglais m’est totalement inutile : nous payons donc plein pot et passons la porte qui mène au potager.
Potager, le mot est mal choisi. Un potager, c’est un petit carré de terre à proximité de votre maison, là où vous semez quelques herbes et légumes, on est bien d’accord ? On plante, on désherbe, on sème, on arrose au jet ou à l’arrosoir, on bichonne, on en fait le tour (rapide) avec fierté… Là, on peut être fier : mais faire le tour rapide, c’est une autre histoire.
Le potager est plus grand que notre propre terrain. Et avec quasiment 2000m², on se dit qu’on n’a pas à rougir.
A l’accueil, un plan nous a été fourni, un tracé est suggéré, avec quelques explications. Sans tergiverser, on suit ce qui nous est dit.
Au début, je l’avoue, on est restés un peu cois. Au sortir de l’accueil, on ne voit pas grand chose, on se dit que l’endroit ne vaut pas les quelques euros qu’on y a mis. Puis la visite commence, et enfin, les jardins se déploient en contrebas.
L’idée n’est pas d’y passer un temps fou, seulement de comprendre ce qui alimentait la cour royale. Pourtant, nous nous prenons au jeu du guide, nous suivons les numéros, lisons les indications. Admirons les allées, la structure globale des jardins, les plantations. Des légumes et des fruits à foison. C’est linéaire, carré, pensé comme Versailles. Et nous y passons bien plus de temps que prévu.
- Informations : Potager du Roi, 10 rue du Maréchal Joffre 78000 Versailles, Bienvenue au Potager du Roi | école nationale supérieure de paysage
Notre avis
Hautement positif. Si Jipé trainait la patte avant d’y mettre un pied, il en est ressorti ravi, et moi aussi. Le potager est immense, diversifié, quelques endroits magiques se nichent à droite à gauche, et parmi les plantations qui nourrissent la ville, se trouvent des essences rares et des explications historiques riches et intéressantes. Si des panneaux explicatifs sont disséminés un peu partout, le guide à l’accueil est toutefois très utile, il offre un parcours réfléchi et donne des explications intéressantes et rapides. Avec des enfants, je pense que c’est tout à fait adapté aussi. Le lieu valait bien l’entrée à 8€. A faire sans hésiter.
La Cour des Senteurs
Sortis de l’ambiance bucolique du potager et revenus à la vie réelle, nous déambulons au hasard en guettant les panneaux. L’un d’eux indique la Cour des Senteurs. Intriguée, je minaude pour le suivre, Jipé me suit sans faire d’histoire. Tant qu’il peut flâner, il va n’importe où.
Nous passons un petit jardin coincé entre les bâtiments, que Jipé contourne soigneusement, arrivons près de ce qui ressemble à un petit musée avec des noms de parfums, zigzaguons entre les boutiques, tombons sur le parking de la Place d’Armes. Bon. Nous rebroussons chemin sans davantage comprendre. Plus tard, on repassera par là, au cœur du jardin des Recollet, et en guettant depuis le parking de la Place d’Armes, on comprendra alors que le jardin évité par Jipé faisait partie de la Cour des Senteurs… petit flop l’air de rien.
- Informations : 8 rue de la Chancellerie 78000 Versailles, Jardin et Cour des Senteurs | Versailles
Notre avis
A l’origine, la Cour des Senteurs était consacrée à la culture des parfums. Quand nous passons le jardin de Recollet et suivons la ruelle, nous passons à côté de la Maison des Parfums, qui affiche pléthores de noms de parfums célèbres. Senteurs, parfums, vous faites le lien ? Nous, non. Voilà pourquoi nous sommes passés à côté du lieu. A vous de voir si l’endroit mérite un petit détour.
La Salle du Jeu de Paume




Nos pérégrinations nous mènent sans le vouloir à la salle du Jeu de Paume. Elle longe la ruelle étroite que vous suivons, et pourtant, nous sommes à deux doigts de la manquer. L’entrée est gratuite, nous nous frayons un chemin à l’intérieur, en faisons le tour puis en ressortons tout aussi rapidement.
- Informations : 1 rue du Jeu de Paume 78000 Versailles, La Salle du Jeu de Paume | Château de Versailles
Notre avis
Historiquement, cet endroit a du sens. Ne serait-ce que pour ça, il est intéressant d’y aller. La visite est rapide, éclairée par des explications historiques, et libre. Aucune raison de ne pas y aller.
De flops en flops
Au sortir de la salle, nous retournons sans le savoir à la Cour des Senteurs puis rentrons à l’hôtel. Pas trop de marche, on avait dit… Evidemment, on a beaucoup marché et nos jambes alourdies par les kilomètres de la veille crient au scandale.
Sur la route de l’hôtel, on s’arrête à Monoprix. J’ai oublié mon carnet de notes à la maison, j’achète donc un cahier pour noter toutes nos aventures. Cahier que je n’utiliserai même pas. #flop1
De retour à l’hôtel, on se dit qu’une séance de détente ne nous fera pas de mal. Le soir, nous retournons au château assister aux Grandes Eaux. On n’a pas intérêt à y aller épuisés ! Drapés dans nos peignoirs, nous trottons jusqu’à la salle de fitness. Elle est en nettoyage. Bon. Tandis que l’agent nous assure que nous pouvons tout de même utiliser l’espace détente même s’il le nettoie (ce qu’on se garde bien de faire, hors de question de le déranger dans son travail), nous tentons d’utiliser à nouveau les machines. Peine perdue, surtout avec la fatigue de la marche.
L’agent s’en va, il explique qu’il vient de relancer le hammam, qu’il faudra un peu de temps. Seuls et enchantés, nous déposons nos peignoirs sur les transats, passons rapidement par la douche, puis entrons dans le sauna. J’ai froid. Bizarre dans un sauna. Jipé vérifie la température, ça chauffe peu en effet. Bon, on va attendre. Et pour bien attendre, on reste là, à admirer la vue sur les toits (depuis le sauna, oui oui !).
L’air se réchauffe peu, je décide de tenter le hammam. Il chauffe, lui, mais il parait en veille. Jipé le relance (en suivant les directives expliquées bien entendu), j’entre, effectivement ça chauffe, mais ça fait aussi des bruits très bizarres… Déjà, ça fait du bruit, et là, je n’ai pas l’habitude. Aucun des hammams que j’ai déjà testé n’a jamais fait de bruit.
Tout me passe par la tête : défaillance technique, mon corps suant coincé dans la cabine, j’étouffe et je meurs cramée, explosion du système et je meurs déchiquetée… Bref, dans tous les scénarios, un problème me fait rendre l’âme. Dans le doute, je préfère sortir.
Dans la salle de fitness, il y a des bouteilles d’eau calées dans un frigo. Je sais qu’il faut s’hydrater dans les spa, donc j’en prends une. Je chercher partout : pas de décapsuleur. Les bouteilles sont en verre, j’essaie par tous les moyens d’ouvrir la capsule, Jipé vient à la rescousse. Pas moyen. Je repose la bouteille. Je ris en coin, me dis que nous sommes vraiment de piètres bourgeois : dans la chambre, déjà, nous n’avons pas pu ouvrir les bouteilles parce qu’on n’a pas trouvé le décapsuleur. Sachant que la veille, l’homme qui avait trempé le spa avait une bouteille décapsulée à la main, c’est bien que le problème doit venir de nous.
De flop en flop, on rit de nos déboires, on sort sur le balcon, on admire les toits et la ville. Je retente le sauna, il y fait moins froid mais pas si chaud, je retourne au hammam, j’essaie de me raisonner « les bruits sont normaux ; non, tu ne vas pas exploser ». Je ressors presque aussitôt.
Malgré tous ces déboires, on passe un beau moment. Les flops, c’est toujours une belle manière de passer du temps ensemble.
Une fois bien reposés, nous retournons en ville, trouvons un salon de thé dans la Cour des Senteurs, flânons encore un peu, rions à gorge déployée en découvrant les prix de l’immobilier ici, puis trouvons un endroit où avaler quelque chose avant de retourner au château.




Les Grandes Eaux
Vingt heures pétantes, nous voilà de retour. Le parvis de Versailles nous offre un magistral coucher de soleil. J’en pleurniche de bonheur, j’imagine les rois et leur cour qui chaque soir de leur vie ont profité de ce spectacle. Je pourrais m’adapter à la vie de château sans trop de mal… ou même à la vie dans une tiny house posée sur le parvis du château. De ce spectacle grandiose, je ne me lasserai pas.






Avant les feux, nous avons bien le temps de faire le jour des jardins. Les bassins sont en eau, les spectacles s’enchainent. Le choix est vraiment difficile, bien pire que la veille !
L’envie de revoir les lieux de la veille est forte, et au hasard de notre marche, nous découvrons aussi des lieux que nous n’avions même pas aperçus. La bassin d’Apollon, puis le Bassin de Neptune, pour lequel nous arrivons malheureusement à la fin du spectacle. Cette fois, nous contournons le bassin pour l’admirer de face. Admirer, le mot est faible. L’endroit est magistral ! De retour sur nos pas, alors que nous cherchons la Salle de Bal que nous pensons fermée, nous tombons sur le passage sous le parvis qui mène à l’Orangerie. Des palmiers entiers tiennent dans les dédales. Je me pâme comme une gamine.


Jipé veut voir le Jardin du Roi, et en remontant les allées, par un incongru hasard, nous tombons sur la Salle de Bal, finalement ouverte. Elle est en eau, en musique, bercée de fumée et de lumières projetées. Un enchantement absolu ! J’ai du mal à en partir tant elle m’a exilée dans un autre monde.



Jipé est moins excité que moi, mais il a tout de même des envies précises sur ce qu’il souhaite voir. Nous allons au Char d’Apollon, puis aux Colonnades, illuminées par des lasers. Le temps a passé, la nuit est tombée, et comme les jardins sont bondés, nous décidons très vite de trouver une position pour admirer les feux, quitte à attendre longtemps.
Stratégiques, nous nous positionnons derrière la parterre VIP. Si c’est VIP, c’est que ça doit être the place to be. En plus d’avoir des sièges pour assister au spectacle assis.
Le spectacle commence, les explosions s’enchainent, les feux sur le parterre répondent à la musique et aux fusées du ciel. Depuis notre position, la vue sur le château illuminé est fabuleuse. L’impression de vivre un rêve éveillé.
















- Informations : Château de Versailles, LES GRANDES EAUX MUSICALES 2026 – Château de Versailles Spectacles
Notre avis
Bon, je me rends compte pour ce dernier paragraphe consacré à ce week-end versaillais que nous recommandons de faire absolument tout ce que nous avons visité… J’aimerais bien donner un seul élément qui ait fait un flop, mais ce n’est clairement pas dans mes cordes. Et surtout pas pour les Grandes Eaux.
Ce spectacle est à faire. Vraiment. De jour, les jardins et le château sont d’une beauté saisissante. Mais de nuit, l’endroit confère au sublime. S’il vous est impossible de faire la visite de jour et de nuit, alors sans hésitation, choisissez celle de nuit. L’endroit est magique, un enchantement de bout en bout. Et même ma fibre écolo n’y trouve rien à redire. Je pourrais bien arguer que les lumières, l’eau, les fusées dans le ciel, c’est un gâchis sans nom de ressources naturelles… Soit, ce n’est pas écolo. Mais s’il fallait garder un seul endroit en France qui ne soit pas écolo et faire des efforts sur tout le reste, je choisirais Versailles. L’écologie, c’est bien, la mesure, c’est nécessaire. Mais on a aussi besoin de beau, de charme et de rêve. Versailles de nuit n’est pas seulement un bel endroit : c’est un portail vers un monde de magie, un endroit où l’espace d’un instant, on est préservé du réel. Un endroit où on se dit que, peut-être, ce monde vaut vraiment la peine d’être sauvé.
Jour 3 : pantoufles et patapoufs
La veille, nous sommes rentrés de nuit, des étoiles plein les yeux. La nuit a été enchanteresse et bien plus reposante que la veille. Mais nous ne sommes plus si jeunes, et de bon matin, les courbatures guettent. A 9h, nous descendons petit-déjeuner, nous mangeons bien moins que la veille (on n’a pas fini de digérer, en fait…)
De retour à la chambre, on remballe les affaires, puis on fait ce pourquoi on a rejoint très tôt le petit-déjeuner : on chausse une ultime fois les pantoufles de l’hôtel et on court à l’espace fitness. On a mis le réveil exprès, c’est dire notre envie d’y passer un moment !
Le hammam, le sauna, pas de bruits étranges, et le décapsuleur mystérieusement reparu… On lézarde, on sue, mais l’évidence nous rattrape… Il faut laisser la chambre. Adieu les toits de Versailles !
En partant, tandis que nous réglons les frais de parkings, l’hôtesse est prévenue pour le décapsuleur manquant dans notre chambre. Elle s’en excuse, nous l’avons interpellée la veille sur le même sujet, elle nous a expliqué où le trouver, mais pour autant, il n’y était pas… Les décapsuleurs et nous, fil rouge cocasse de notre week-end.
La restauration
L’Alcôve
Restaurant de l’hôtel dans lequel nous avons réservé le premier soir. Les tables sont essaimées autour du bar, et comme je l’ai déjà dit, le chef propose des plats végétariens, vegan, sans gluten, sans lactose… le choix est donc très large !
Nous prenons à la carte les plats qui nous font envie. L’endroit est huppé, vous imaginez bien. Et évidemment, ce qui devait arriver arriva : dans mon dessert à la pêche, je tombe sur un morceau que je n’arrive pas à manger. Je l’analyse : c’est une étiquette. Je mange des pêches, rien de bien mystérieux là-dedans. J’aurais trouvé une étiquette dans mon dessert au chocolat, j’aurais appelé Miss Marple.
Lorsque vient le serveur, je lui fais la remarque. Je ne m’énerve pas, je n’hurle pas au scandale. C’est juste informatif. Mais l’alerte rouge est lancée : le serveur se liquéfie, se confond en excuses. Il prévient le maître d’hôtel, qui me regarde de loin. Le branle-bas de combat est lancé. Je m’esclaffe sur mon siège, raconte tout à Jipé. Je comprends le malaise vu les prix du resto, mais pour quelqu’un qui a l’habitude des petits restos et des cantines de campagne, ce genre de réaction me fera toujours rire.
Le maître d’hôtel vient en personne nous présenter ses excuses. Il part en cuisine, revient, nous explique le déroulé exact de ce qu’il s’est passé comme si un cadavre avait été retrouvé dans mes pêches. Il se confond en excuses, cherche un moyen de se faire pardonner. L’idée est lancée d’offrir les digestifs. Pourquoi refuser ?
Une malheureuse étiquette nous offre l’occasion de goûter des essences dont un seul verre vaut plus qu’un jour de travail… autant dire qu’on profite du moment.
- Informations : l’Alcôve, restaurant Le Louis, 2 bis rue de Paris 78000 Versailles, L’Alcôve | Le Louis Versailles Château, MGallery Collection
Notre avis
C’est guindé, c’est luxueux, l’intitulé des plats est pompeux, et en prime, il y a des plats pensés pour les végétariens (et pas seulement des alternatives). Nous avons bien mangé, rien à redire là-dessus. Cela dit, nous avons trouvé le tout un peu cher tout de même. Comme souvent dans les hôtels. L’avantage majeur est qu’il était sur place, donc à côté de notre chambre.
Chez Molly



Lové dans la Cour des Senteurs, le salon de thé nous tend les bras pour un petit repos bien mérité au milieu de notre visite de Versailles. La couleur vert d’eau, celle de Marie-Antoinette, et celle dont je suis tombée amoureuse ce week-end-là (j’ai toujours aimé le vert, cela dit), attire mon œil.
Qu’importe, on s’installe à l’intérieur (alors que tout le monde profite du soleil !) et on commande. Les serveurs sont blasés (et nombreux), les tarifs sont élevés (environ 7€ la tasse de thé et le même prix pour les pâtisseries maison…). Je me concentre sur le décor, qui est à tomber.
On commande, on attend. Deux femmes s’asseyent à la table juste à côté. Des Anglaises. Dans un salon de thé. Typique.
La serveuse arrive, nous sert, prend la commande. J’écoute d’une oreille, je ne suis pas curieuse mais j’aime écouter la langue. La serveuse galère, ne comprend pas grand chose. Les clientes ne parlent pas français, la serveuse baragouine à peine l’anglais. Et comme toujours, je ne peux pas m’en empêcher : je me penche et fait la traduction. La serveuse soupire, soulagée, me remercie une fois, puis deux ; les deux Anglaises aussi. Jipé se moque de moi, mais moi, je suis juste contente de pratiquer cette langue que j’aime presque autant que la mienne.
- Informations : Chez Molly, 8 rue de la Chancellerie 78000 Versailles, https://www.instagram.com/chez_m_versailles/
Notre avis
J’ai pris le thé Marie-Antoinette. Honnêtement, il était divin. Jipé avait sa théière, j’avais la mienne, nous avons bu bien plusieurs tasses chacun, et ça valait sans doute son prix. Donc malgré les tarifs, ce petit coin vaut le détour. Et j’avoue, les tasses étaient tellement belles, j’en ai cherché de semblables dans les magasins, et ai fini par en acheter à Maison du Monde…
The Good Food



Le dépit nous mène dans ce point chaud à cheval entre le fastfood et le restaurant. Dès le matin, j’avais repéré un endroit pour manger, il y était écrit cantine, healthy, bio, végé… On tourne, on tourne, enfin on le voit. La cuisine de Phany. Fermée le soir. Déception infinie.
Nous remontons la rue Satory sans beaucoup d’inspi. Je boude un peu, j’avoue, l’endroit que j’avais repéré n’est pas envisageable, j’ai perdu le goût de manger… On regarde un peu partout en consultant rapidement les cartes. Jipé propose un resto italien, un autre thaï… Je ne choisis rien, car vraiment, rien ne m’inspire.
En fait, je n’ai pas envie de me poser au resto. Pas envie de parler, juste envie de manger sur le pouce et de repartir dans les rues. On avise alors The Good Food. C’est petit, ça ne paie pas de mine, ça fait sur place et à emporter. Il faut commander au comptoir, vraiment ambiance fastfood. « Fait maison » affiché. « Produits locaux ». Bon, je suis sceptique, fastfood et local & fait maison font rarement bon ménage. Mais qu’importe, la ruelle est bondée et il faut juste manger.
En passant la porte, je remarque une pancarte du Gault & Millaut. Finalement, je suis curieuse de voir ce que ça donnera.
On commande, on s’installe, il y a un peu de monde et beaucoup qui arrive. On attend un moment, on pensait manger vite et finalement on poireaute comme au resto. Les burgers arrivent enfin.
- Informations : The Good Food, 11 rue de Satory 78000 Versailles, Restaurants de hamburger à Versailles dans les Yvelines (78) – The Good Food
Notre avis :
Une vraie et belle surprise. Car contre toute toute attente, contre mes préjugés et mon scepticisme… c’est très bon. Les frites sont maison, les burgers ont du goût et sont faits avec de bons produits… On sort sans avoir faim et avec la sensation d’avoir fait un bon repas. La note, elle, est loin d’être salée. Un très bon rapport qualité-prix. Comme quoi, et on le sait pourtant, ce n’est pas toujours dans les endroits qui en jettent que l’on mange bien.
Conclusion
Splendide, magistral, vibrant, quels autres adjectifs trouver pour qualifier ce week-end ? Du début à la fin, tout a été enchantement. De jour, de nuit, que ce soient les jardins, le château, ou même la ville, tout a contribué à nous mettre des étoiles plein les yeux. Dernier week-end avant le changement de vie occasionnée par ma disponibilité, ce moment à deux nous a reconnectés à nous, au monde, et reconciliés avec les villes. Versailles, ce n’est pas qu’un château, c’est un corps, un cœur, des poumons verts, des artères déployées partout alentours… Versailles, c’est une ambiance, une vie à part entière. Dans la cité des Rois, je n’étais plus Salmomey, il n’était plus Jipé, nous étions reine et roi, traversés par les siècles, habités par le beau, transportés dans des vies qui n’étaient plus les nôtres. Marie-Antoinette au cœur du Trianon, jardiniers passionnés dans les dédales des jardins, musiciens, historiens, soupirants, courtisans… Versailles emmène très loin, dépayse, fait voyager beaucoup sans même sortir de France. S’éloigner de soi tout en restant chez soi. Être soi et un autre, le temps d’un week-end, vibrer aux énergies de l’histoire. S’imaginer roi et se sentir reine. Être rois pour un temps. Quel cadeau plus beau pour un anniversaire de mariage ?






