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L’envers du décor : les ratés derrière les beaux moments

“Franchement, tes posts Insta me dégoûtent vraiment des fois. J’adore vos photos et je suis vraiment contente pour vous, hein, mais tout ce bonheur, des fois… c’est chiant de voir ça !”

C’est ce que me lance en octobre dernier ma belle-sœur. Sur le coup, ça me fait drôle, et je crois que je n’ai pas réagi tout de suite. Toutes les deux, nous nous connaissons depuis près de quinze ans, nous nous sommes toujours bien entendu, suffisamment en tout cas pour partager régulièrement nos difficultés et nos déboires, les petits tracas du quotidien comme les gros ratés de nos vies, nos maisons pas toujours rangées, nos enfants pas toujours polis, nos vies pas toujours parfaites, mais toujours en rigolant, en fustigeant les images de mères parfaites croisées au détour des réseaux et à grand renfort de cannelés et de Montbazillac. En une phrase, j’ai l’impression d’avoir franchi la frontière, d’appartenir désormais au clan très select des mères hyper organisées, qui gèrent leur famille et leur maison comme des auto-entrepreneuses, et qui peuvent se vanter de vivre leur vie rêvée. Toutes nos années d’échange me reviennent alors en mémoire, et je lui réponds le plus sincèrement du monde “Non mais, ce que je mets sur Insta, c’est comme tout le monde, c’est la partie sympa : on a aussi nos moments pourris pendant nos escapades”. “Alors, mets-les, que je me sente moins nulle !” me répond-elle du tac au tac. Je lui promets de lui montrer désormais l’envers du décor.

Cet échange m’est souvent revenu, et me revient encore, à chaque fois que je découvre un post intagram, que j’envie le voyage d’un autre, ou que je pense à ce que je publie de nos escapades. C’est un fait : les réseaux sociaux sont comme une vitrine de magasin qui ne montre que le positif, que le beau, que les moments à envier, mais ne nous invite jamais dans l’arrière boutique, au milieu des articles abimés, des étagères bancales et des cartons en vrac.

J’ai toujours pensé que c’était une évidence : à cinq, trois enfants et deux parents, en partant un peu au hasard sans savoir ce que nous trouverons, en vivant les uns sur les autres plusieurs jours durant, les moments compliqués, les chamailleries, les tensions, les découvertes ratées existent forcément. Au travers des photos, ce n’est pas ce que je montre, parce que de tous nos voyages, j’ai pris l’habitude de garder le positif ; pourtant, les ratés sont aussi légion, et j’avoue, ils sont souvent très drôles à raconter.

Echec et Malte

Ni une ni deux, je fouille dans mon téléphone et envoie à ma belle-sœur une preuve indubitable que tout n ‘est pas rose dans nos voyages. A cette époque, nous revenons de Malte, Jipé et moi. Je sais que j’ai la photo idéale pour la convaincre. Quand elle la voit, elle explose de rire et me remercie.

Dans le Hop on & off, sur la route de Mdina

Je me souviens avoir beaucoup ri au moment de faire cette photo. Honnêtement, Malte en octobre, dans notre imaginaire, ça ne ressemblait pas à ça. Ce jour-là, il faisait froid, moche, il y avait du vent, des nuages, de la pluie par intermittence, et à l’étage du bus touristique, les conditions étaient tout sauf agréables. Quant au paysage, autant dire que la grisaille n’a pas contribué à l’embellir. Mais qu’importe les conditions : nous étions à Malte et l’incongruité d’une situation a aussi permis de rendre le voyage drôle et inoubliable.

Et des loupés, il y en a eu d’autres à Malte, en dépit de toutes les belles photos que nous avons pu en tirer.

A l’atterrissage, c’est la douche froide, au sens proche et figuré. Mais nous sommes optimistes, nous avons l’espoir d’une amélioration… l’espoir fait vivre !

Fail-mily trip : la famille poisse en vacances

Ce n’est pas un titre que nous réclamons à la légère : nos poisses font quand même les bons moments de nos cercles familiaux ou amicaux lorsque nous racontons nos excursions. Malte n’en est pas le pire exemple, mais c’est le plus récent, et certains se moquent encore de notre malchance plusieurs mois après. Il faut dire que nous devions y aller en mai, puis suite à une annulation de l’organisateur du voyage dans des conditions scandaleuses alors qu’il avait fait un temps splendide en plus cette semaine-là, nous avions reporté à octobre. A notre retour, l’accueil a d’ailleurs été charmant : “Quoi, vous avez eu mauvais temps ? Nous il a fait un temps splendide toute la semaine, c’est pas de chance !” De quoi faire rire dans les chaumières.

Famille nombreuse, famille chouineuse

Nos albums regorgent de belles photos faites de paysages adorables, de moments de joie et de sourires infinis. Souvent, je les parcours avec nostalgie en repensant au bon moment associé. Et c’est toujours dans ces moments de grâce où j’ai l’outrecuidance de me dire que, peut-être, j’ai une vie et une famille parfaites, qu’arrive la photo contraire, l’enfant qui boude, les cris, la chute. Et ça me fait toujours bien rire. Je me rappelle alors que non, ma famille n’est pas parfaite, nos voyages ne sont pas idylliques… mais que l’ensemble fait de notre vie un tableau vivant, que nous avons la chance de peindre comme nous l’entendons. Les voyages ne sont pas toujours reposants, les vacances sont faites de fatigue et de concessions, de désordre et de tensions, les excursions sont parfois loupées et le résultat n’est pas toujours ce qu’on en attendait, mais nous avons la chance de tout essayer ensemble, tous les cinq et d’avoir la possibilité de le faire. Et ça, ça vaut tous les ratés du monde.

Petit florilège des plus beaux ratés de nos vacances. En attendant le prochain round !

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