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Les week-ends se suivent et ne se ressemblent pas. Et étrangement, il en va de même pour les expériences dans des endroits pourtant déjà connus.
Courant avril ont recommencé à me titiller les envies de nature, de grand air, de cascade et de balade en plein air, en dépit de la météorologie douteuse. « Oh, et si on retournait au tipi dans le Jura, pas loin des Cascades du Hérisson ? Et cette fois-là, on prévoira les maillots de bain ! ».
Mon idée lumineuse sous le bras, je me hâte de vérifier les disponibilités du tipi : ô joie, il n’est pas complet ! « Tiens, la Pentecôte, c’est un long week-end, c’est parfait ! » Et voilà comment se décide rapidement un nouveau week-en d’évasion, avec la promesse de moments ensoleillés et de baignade sous les cascades.
Mais ça, c’est la théorie pure.
Dans la pratique, je n’ai pas pensé que la Pentecôte tombait en mai cette année. Donc tôt. Donc bien avant les chaleurs estivales.
En prime, je ne me suis pas dit que, peut-être, il ferait un temps à pleurer. Un temps de mois de mai, en somme. Un temps pluvieux. Dans un tipi.
Pour couronner le tout, je ne vérifie même pas en amont mon idée farfelue : suivant les gens croisés voilà plusieurs années aux Cascades, je nous imagine déjà barbottant joyeusement dans l’eau (que je n’imagine pas froide, évidemment). Avec notre petite adoptée à 4 pattes. Moments de joie bucoliques façon Petite Maison dans la Prairie… dans un endroit où la baignade est interdite.
Et icing on the cake : je frémis déjà de bonheur à l’idée de passer ce premier week-end avec Ucci, notre chienne. Animal qui redoute la voiture car elle y vomit systématiquement. Un mois pour la préparer, dans ma tête, c’est jouable. Alors que depuis 4 mois, on arrive à peine à faire 10 minutes de trajet. 2h20 de route ? Ca passe crèèèème.
Qui a dit que toutes les conditions n’étaient pas réunies pour passer un week-end paisible, tranquille, et évidemment inoubliable ?
Retour au tipi

En toute honnêteté, l’idée d’annuler le séjour a germé plusieurs fois dans ma tête toute la semaine précédant le départ. La fatigue, l’enchaînement de week-ends occupés, le besoin de rester à la maison, l’envie de s’attaquer pour de bon au jardin, les problèmes personnels qui minent le moral et donnent l’envie de se terrer… Tout contribue à annihiler l’excitation première.
Et puis, l’amorce du temps estival du week-end de l’Ascension a fait l’effet d’un pétard mouillé. Dès le lundi, le temps est redevenu automnal. La pluie, le froid, tout contribue à me faire regretter mon projet et à m’encourager à y mettre un terme avant le fiasco.
Mais les Monstres, eux, tremblent d’impatience.
C’est avec moins d’entrain que de méfiance que nous commençons la journée du samedi. Dès le réveil, les craintes nous étreignent : le ciel est gris, l’air est froid, et sans attendre, il pleut. Sans interruption.
En début d’après-midi, nous prenons la route, sans grande conviction. La météo ne s’améliore pas, elle tend à se détériorer par endroit. La chienne tremble et vomit dès les premiers kilomètres. Une fois, puis deux. Est-ce vraiment une bonne idée de s’entêter ?
Pourtant, les choses se calment. Ucci ne vomit plus, la route se termine sans encombre. A l’arrivée au tipi, le GPS de Waze nous perd, nous indique un chemin qui ne nous rappelle rien. Heureusement, le tipi est visible depuis la route. Nous retrouvons le moyen de nous y garer sans trop de mal.
Les Monstres libèrent la voiture avec enthousiasme ; Ucci se sauve sans attendre son reste. Peureuse, elle ne s’éloigne pas et reste à nos côtés. Aidés de Seb, ami de Doïna, à qui appartient le tipi, nous reprenons nos marques dans cet espace que nous connaissons déjà. Il fait froid, la douche solaire n’est pas active, nous pourrons utiliser la salle de bain de la maison de Doïna, au besoin. Dans le tipi, un feu est envisageable, mais sans Doïna pour nous aiguiller sur le fonctionnement, nous en serons privés. Il faudra survivre sans feu. Puis nous voilà seuls : la bruine reprend, l’herbe, un peu haute, est trempée, nos chaussures de marche prennent déjà l’eau. Si l’endroit nous plait toujours autant, la météo, elle, détruit les perspectives initiales d’un week-end réjouissant.










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Jour 1 : une arrivée qui fait plouf
Nous arrivons donc le samedi, en fin d’après-midi. L’herbe est haute et mouillée, le temps est humide, parfois bruineux, et le froid des hauteurs nous étreint. Nous redécouvrons le site du tipi avec plaisir, rien n’a changé. Ucci prend ses marques, furette à droite à gauche, mais ne s’éloigne pas. Quand une autre famille s’installe à proximité, dans la nouvelle cabane qui n’existait pas lors de notre premier passage, elle panique et se met sur ses gardes. La Cara Bane n’est pas visible depuis notre site, mais aucune séparation physique n’existe : le week-end risque d’être long.


Ucci prend enfin ses marques, accepte la proximité d’une autre famille. Les Monstres jouent, enchantés, descendent à la rivière. Loulou, plus vieux désormais, tourne un peu en rond, embêté par le temps. Qu’importe : il a déjà prévu de servir lui-même l’apéro. Ses marques, c’est derrière le bar qu’il les prend.



Et là, c’est le drame : les deux petits voisins se mettent à jouer au ballon. Ucci les voit, jappe, leur court après dans l’espoir de récupérer la balle. Je m’élance après elle, la récupère in extremis alors qu’elle agresse verbalement l’un des deux enfants. Le chien, l’ami des hommes, vraiment ? Je peste contre ce week-end idyllique qui, vraiment, n’en sera pas un, et maudit mes idées saugrenues.
Jipé, plus enthousiaste, s’attaque au feu de camp. Quoique l’humidité domine, le feu prend. Enfin un peu de positif dans ce froid mordant. Demain est un autre jour.


Jour 2 : des bons moments en cascade (du Hérisson)
Dur dur d’être au tipi
Nuit pourrie, froid mordant malgré les pyjamas en pilou et les couvertures rajoutées, humidité intolérable, nombreux réveils : dès le réveil (trèèès matinal), je me maudis et regrette toutes les idées que j’ai eues depuis ma naissance.
Mais… le soleil brille. Enfin.




Qu’importe le froid lors du petit-déjeuner : le grand ciel bleu nous suffit ! Les Monstres traînent, flânent. Joueuse, je joue le tout pour le tout : pas question de tricher avec la douche de Doïna, je me lave à la casserole et au gant. Koh Lanta n’a qu’à bien se tenir !

Nous préparons les affaires, échangeons sur le programme. Sans surprise, les Cascades du Hérisson l’emportent. Pour le pique-nique, il nous faut du pain. « On remonte la route, direction Fort-du-Plasnes, et on trouve une boulangerie ? » je propose. « Oui oui » répond Jipé. Aussitôt dans la voiture, il part en sens inverse. « Oh mais on trouvera bien une boulangerie entre ici et les cascades, inutile de faire un détour. » Je vous laisse imaginer le résultat…
Les Cascades du Hérisson, ou le cauchemar d’Ucci
Evidemment, nous n’avons pas croisé de boulangerie. « Tant pis, on fera avec ce qu’on a » dit Jipé, qui en deux secondes, a déjà remisé ce détail.
Nous optons, au hasard, pour un départ depuis le Saut de la Forge, l’une des cascades intermédiaires. Nous craignons un cul de sac ; en fait non, beaucoup de monde part de cet endroit. Et pour cause : le parking y est gratuit.
A peine arrivés, nous devons composer sans pain, puisque nous n’avons croisé aucune boulangerie, et Ucci se met à japper à tout va. Des gens, d’autres chiens, c’est trop d’émotions pour elle. La balade commence bien !
Arrivés au Saut de la Forge, nous hésitons déjà à rebrousser chemin. Il ne fait pas trop chaud, il ne pleut pas, le temps est idéal. Mais il y a du monde, et le fauve à 4 pattes est particulièrement survoltée. Se calmer au bout d’un moment ? Que nenni ! Chaque nouveau pas est une raison de plus de s’exciter.
Mais nous tenons bon. Les Monstres s’approchent de l’eau et se réjouissent du lieu. « Bon, on va marcher un peu, on verra jusqu’où on va ! » « On va pas faire toute la rando quand même ?! » « Haha, avec Ucci, le monde qu’il y a, notre nuit chaotique et sans pain ? Bien sûr que non ! ».
Evidemment, nous avons fait toute la rando.
D’abord en montant au Saut Girard. Nous ne l’avions vue qu’en hiver, coiffée de longs stalactites de glace qui descendaient en filament. Elle était magistrale. Par beau temps, elle nous éblouit tout autant : seule Ucci échappe à la magie, occupée à s’inquiéter du monde qui l’entoure. Une chienne agoraphobe, il fallait que ça tombe sur nous.




Nous redescendons ensuite au Saut de la Forge. « On s’arrête, on mange et on part ? » demande Loulou avec espoir. « Oh, on va continuer un peu. Arrivés à la prochaine, on verra. »
Et c’est ainsi que nous atteignons l’Eventail, la dernière de toutes les cascades.


L’arrêt pique-nique est un régal pour les yeux : trop peu de pain à manger, mais qu’importe, ce que nous avions nous a largement suffi. Ucci respire, nous sommes à l’écart du flot humain et canin, tout va mieux.
Et soudain, c’est le drame : il faut se remettre en marche.
Plus nous avançons, plus le chemin se rétrécit… et plus nous croisons de monde. Autant de gens aux cascades, nous n’avions jamais expérimenté. C’était bien, d’ailleurs. La rando où il faut se battre pour simplement passer d’un point A à un point B, très peu pour nous.
Au bout de 4h, pauses incluses, la boucle est faite. Nous repartons, croisons une épicerie, y faisons un saut, rentrons.
















Loin d’être hors service, Ucci profite de sa liberté retrouvée. 4h passées en laisse, elle n’a pas l’habitude, et elle n’a pas trop aimé. Des jeux, des barrages au bord de l’eau, des promenades en liberté : il y a comme un air de vacances au tipi !



Le soir, le repas est vite pris pour s’attaquer au combat vespéral : le feu de camp. Jipé s’y attèle, le feu prend, Ucci agonise dans son coin. Des piques, du fromage au feu, le coucher de soleil : la soirée est parfaite !




- Informations : Parking du Cascade du Saut de la Forge, accès depuis 39130 Bonlieu, Cascades du Hérisson, Visite, itinéraire, Randonnée – Jura Tourisme (jura-tourism.com)
Notre avis
Comment avons-nous pu omettre qu’en week-end, a fortiori week-end rallongé, un tel lieu serait bondé ? Nous nous sommes sentis comme deux beaux abrutis.
Après, les Cascades du Hérisson, ça reste ce que c’est : un lieu magistral, grandiose, d’une grande beauté et ressourçant à souhait. Evidemment, nous avons vraiment aimé les revoir. Les Monstres étaient ravis, ils ont mis les pieds dans l’eau (et vu les températures, nul besoin de leur expliquer qu’il était impossible de s’y baigner), ont marché sans rechigner, ont profité du panorama et du calme de la forêt. Toutefois, à refaire, nous choisirions un moment moins touristique, car vraiment, avancer au pas d’escargot parce qu’il est impossible de faire deux pas sans heurter quelqu’un, ce n’est pas du tout notre truc. Sans compter les amateurs qui se sont attaqués à la rando en tongs… et ont bien entendu rebroussé chemin, bloquant tout le monde au passage.
A noter : même quand il fait beau, il faut bien s’équiper. Le sentier restait glissant en dépit du soleil radieux, et s’y attaquer sans de bonnes chaussures et une tenue adaptée, c’est vraiment chercher les ennuis.
Jour 3 : sursauts et Saut (de la Billaude)
Réveil en fanfare
Cette nuit, nous avons anticipé : Loulou et Poulette ont délaissé le tipi pour dormir à l’abri, Doudou s’est blotti entre son père et moi, nous avons ajouté des couvertures. Grâce au soleil de la veille, qui a atténué le froid et l’humidité, la nuit a été plus supportable. De quoi en profiter pour dormir un peu plus longtemps le matin.
Mais c’était sans compter les bonnes blagues du destin.
Alors que je dors tranquillement sur le matelas, des bruits suspects me tirent de mon rêve. J’entends Ucci qui aboie, Jipé qui crie. Bon, Ucci a fait une ânerie. Alertée, j’ouvre un œil sans le vouloir : face à moi, en gros plan, une grosse truffe qui halète. Je grommelle, Ucci n’a pas le droit de venir vers nous. Elle le sait, puisque jusque là, elle a dormi dans son coin du tipi. Jipé crie à nouveau. J’ouvre les deux yeux et me redresse en sursaut. Un gros chien inconnu me fait face. C’est un husky, énorme, et plein d’énergie. Dès qu’il me voit éveillée, il saute en tous sens, bondit sur le lit, se met à me lécher. Je le repousse, Doudou dort sur le même matelas que moi, le chien s’éloigne et va jouer avec Ucci, qui le chasse en reculant. Comme chien de garde, on repassera.
La course s’engage. Jipé tente de le chasser, il joue, court en tous sens. Il fait mine de s’en aller, nous respirons, il revient. Cette fois, Ucci se poste à l’entrée du tipi, décidée à ne pas le laisser entrer. Il jappe à son tour, se couche face à Ucci, il veut juste jouer. Personne dans les environs pour nous aider. Comme Ucci ne se calme pas, le chien finit par s’énerver et japper à son tour. Jipé attrape la laisse d’Ucci, attache le chien, l’éloigne du tipi. « Je vais dans le village, peut-être que quelqu’un pourra m’aider. » Riche idée : il croise une voisine, qui reconnait le chien, indique qu’il est coutumier des fugues et que ses maîtres ont gravé le numéro sur son collier. Jipé appelle, les maîtres viennent le récupérer. Ucci peut respirer.
Loulou et Poulette se lèvent dans la foulée. Du remue-ménage ? Un chien sur l’emplacement ? Rien remarqué !
Cascade de la Billaude
Nous plions bagages et désertons le camp. « On est fatigués, on rentre directement ! »
Dix minutes plus tard, nous voilà arrêtés au Saut de la Billaude. « Non mais on s’arrête rapidement. Il y a un belvédère, on regarde de là, on ne descend pas. »
Evidemment, nous sommes descendus. 200 petites marches, ça ne vaut pas la rando de la veille !
Le belvédère du haut est à portée de pied. Le temps indiqué est d’ailleurs un peu exagéré.
C’est ce qui nous encourage à descendre pour rejoindre le belvédère du bas. Là, nous marchons également le long de la rivière pour approcher du Saut. Les pierres sont glissantes, nous n’allons pas trop loin. Qu’importe, la vue est bien assez resplendissante comme ça !












- Informations : Cascade de la Billaude, 88 route des Cascades, 39300 Champagnole, La cascade de la Billaude à LE VAUDIOUX : Jura Tourisme (jura-tourism.com)
Notre avis
Comme ce n’était pas prévu, nous n’en attendions rien de particulier. Si elle n’est pas grandiose, cette cascade reste néanmoins impressionnante et plaisante à voir. Beaucoup moins connue que les Cascades du Hérisson, elle présente l’intérêt d’être peu fréquentée, et en prime, elle est très facile d’accès même pour des personnes peu sportives. Un détour intéressant si vous passez dans le coin.
Conclusion
Malgré des débuts peu prometteurs, une météo capricieuse et un pressentiment persistant de courir à l’échec, cette excursion est finalement plus réussie qu’on ne l’aurait cru. La magie du tipi a fait son œuvre et nous a permis de remettre un peu de poésie dans une routine compliquée alourdie par le mauvais temps. Pour ne rien gâcher, le lieu était complètement adapté à une première escapade avec Ucci, malgré son jeune âge, son asociabilité et ses nos peurs. Si nous avons profité d’une accalmie météorologique, nous avons tout de même pu nous rendre compte que pour pleinement profiter du lieu, il faut vraiment que le temps soit de la partie. Un bon week-end simple et naturel qui nous a aidés à souffler et nous a fait redécouvrir ces contrées jurassiennes, que nous avons définitivement adoptées.