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Comme les voyages et les escapades en famille, les moments en amoureux se sont raréfiés depuis notre déménagement. Plusieurs raisons l’expliquent, mais à l’approche d’une année entière passée depuis notre dernière escapade ratée ou presque en amoureux, nous décidons d’agir. « En septembre, tel week-end, nous partons en amoureux ! »
Force est de constater que nos réflexes de voyageurs ont rouillé avec le temps. Deux semaines avant la date, sans compter que nous n’avons ni idée, ni envie sur la destination (et ça, sans parler de notre absence totale de motivation), une révélation soudaine s’impose. « Mais… que va-t-on faire d’Ucci ? » Ni une ni deux, la gardienne est appelée. Evidemment, elle n’est pas disponible. Ci-gît donc notre tentative de moment à deux.
Nous réitérons toutefois en octobre, et après bien des atermoiements, une date est trouvée avec la dog-sitter. Les enfants, plus faciles à faire garder, sont enchantés de se débarrasser de nous le temps d’un week-end pour profiter de Papy et Mamy. Pour l’attachement filial, on repassera.
Pour diverses raisons, mon moral en berne entame sérieusement ma motivation ; aussi Jipé se charge-t-il du week-end. Deux semaines avant le départ, aucune réservation n’est faite, sans compter que la destination n’est pas arrêtée. En prime, j’ai eu la bonne idée de causer à ma cheville une petite entorse, ce qui réduit le champ des recherches. Je ne dis rien, je ne gèrerai pas, je suis plus prête à annuler qu’à partir, de toute façon. Mais c’est sans compter sur Jipé. « Tu voudrais quel genre de week-ends ? Cocooning, grande ville, campagne, visites ? » J’opte pour les visites ; les randonnées me sont interdites, je n’ai pas envie de me sociabiliser, j’ai envie de changer d’air. Un château me tenterait bien, tout comme un musée d’art. J’évoque Versailles, les châteaux de la Loire, le Louvre, Bussy-Rabutin… « Bon, j’ai réservé un appartement à Moulins. » Je ne sais plus si je dois rire ou pleurer.
De Moulins, je ne connais rien ; je l’imagine petite, désuète, campagnarde. Je sais seulement que s’y trouve le Centre des Costumes de scène, ce qui me satisfait. Au moins, mes envies de contemplation artistique seront satisfaites.
Du logement, je ne sais pas grand chose. Je délègue la gestion, quand bien même cela me vaut quelques sueurs froides. La semaine du départ, Jipé m’annonce qu’on va chez quelqu’un. Je grimace, je n’ai vraiment pas envie de me sociabiliser. « C’est une chambre ? » « C’est une sorte d’appart. On a notre salle de bain. » « Et on doit partager les espaces communs ? » « Non, je crois pas. Mais il n’y a pas de cuisine je crois. » Je commence sérieusement à regretter.
L’arrivée se fait vendredi, le planning est très serré car nous travaillons tous et il y a Ucci et les enfants à déposer. Jeudi, je prépare donc les affaires et demande ce qu’il faut emmener. « Ben rien ». J’insiste, mentionne les draps, les serviettes, les produits divers. « Attends je demande… » Jipé, toujours pressé.
Peu après, il réapparait « J’ai regardé les photos, il y a une cuisine en fait. » Si je le pousse dans le four allumé, peut-on considérer ça comme un accident domestique ?
Vendredi, Ucci est déposée, les enfants sont largués chez les grands-parents, nous prenons la route de Moulins. Le moral n’y est pas, il est 21h passées, je ne sais rien et n’ai rien envie de savoir. Nous nous arrêtons au premier fastfood trouvé pour manger un morceau avant d’arriver à destination.
Le logement








Le peu d’informations glanées auprès de Jipé n’est pas pour me rassurer. De l’appartement, je sais peu de choses, à part qu’il est situé en centre-ville, à quelques minutes à pied du centre historique. « Je l’ai pris parce qu’il était bien placé » annonce Jipé comme une excuse. Autant dire que j’en attends peu de choses.
Ce n’est qu’à l’arrivée que j’apprends que c’est un logement indépendant et que l’arrivée se fait de manière autonome. Exit les angoisses de sociabilisation : j’envisage le week-end de manière plus sereine. A la demande de Jipé, je guette les indications de Waze. Passé le centre historique de Moulins, la voiture s’engouffre dans une très grande cour intérieure, typique des vieux bâtiments prestigieux des grandes villes. Jipé se gare, cherche le bon numéro, m’escorte. De nuit, j’attends peu de choses de cette arrivée ; mais le cadre commence à m’intriguer. Une haute porte ancienne, un escalier large et somptueux. Le logement est en bas. Jipé récupère la clef, ouvre une double porte, puis une deuxième. Nous glanons l’interrupteur, la lueur lunaire filtre peu à travers les fenêtres. Enfin, l’appartement apparaît.
Je pense que mon visage change du tout au tout : une pièce immense, en largeur comme en hauteur, apparait sous mes yeux. Un salon, un coin salle à manger, et en hauteur, perchée sur une estrade, la cuisine. Accolée à cette pièce, la chambre, énorme, magistrale, offrant un coin salon ainsi qu’une baignoire sur pied, une douche et une double vasque. Le plafond est perché à plus de 4m, orné de moulures et autres décorations anciennes. Thés et cafés divers attendent en outre de nous souhaiter la bienvenue pour les deux jours que nous allons passer ensemble.
- Informations :
Notre avis
Je ne pensais pas que Jipé avait à ce point le sens de la surprise. Soufflant sans arrêt le chaud et le froid, il a prétendu ne pas savoir grand chose de l’appartement, l’avoir pris en dernier recours, n’avoir rien su de la cuisine équipée, l’avoir choisi pour sa géolocalisation… dans la seule perspective de garder l’effet de surprise. Et quelle surprise ! Tout était extraordinaire dans cet appartement. La prestance des anciens bâtiments administratifs se conjugue à la modernité de la décoration présente. La literie impeccable, le canapé XXL, la baignoire sur pied (mon rêve absolu !), tout a été un coup de cœur pour nous deux. Le prix, longtemps gardé secret, m’a d’ailleurs surprise tant il parait sous-évalué. Et en prime, effectivement, l’appartement est très bien situé puisque nous avons tout fait à pied (et malgré mon entorse !) durant tout le week-end. Une pépite à découvrir assurément !
La surprise du chef : spa et massages à l’hôtel Mercure
Le réveil, samedi matin, a été d’une douceur absolue. Si mon humeur était bien noire à notre arrivée à Moulins, la beauté de l’appartement a chassé mes nuages intérieures. Toutefois, je reste un peu sur la réserve : ce matin, Jipé a préparé une autre surprise, dont il ne veut rien me dire. Interaction sociale nécessaire ? Effort physique non-anticipé ? J’essaie de ne pas m’inquiéter, mais les surprises, ces temps-ci, ce n’est pas ma tasse de thé.
De bon matin, il se rend à la boulangerie, chasse quelques viennoiseries et les ramène à l’appartement. A 9h40, nous décollons. Je me laisse guider, un peu anxieuse, ignorant ce qui m’attend. Le centre historique nous attend. « Oh, dis donc, un hôtel Mercure, quel luxe à Moulins » fais-je en passant près des lions qui encadrent l’entrée d’un bâtiment historique abritant le chaîne hôtelière haut-de-gamme. Jipé me lance un regard en coin, amusé par mon ton ; et il s’engage dans l’entrée. J’ai un mouvement de recul : le Mercure, à 10h du matin, alors que nous sortons du logement ?
A l’accueil, je comprends enfin : à l’arrière de l’hôtel, par-delà la cour commune, dans l’ancienne chapelle, a été érigé un centre de bien-être. Spa, hammam, sauna, tout est prévu. Mes yeux doivent pétiller ; très fier de lui, Jipé suit les indications et m’emmène.
A l’accueil du spa, une autre surprise m’attend lorsque la dame s’adresse à nous « Vous préférez commencer par les massages ou par le spa ? » Elle nous emmène aux vestiaires ; je lance à Jipé « Mais je t’avais demandé s’il fallait prendre les maillots de bain et tu m’as dit non. Je n’ai rien prévu, moi ! » Enchanté, il dégaine un tote-bag soigneusement caché depuis notre départ de la maison. « Tu crois qu’il y a quoi là-dedans ? » Je ne sais même plus quoi lui répondre, je me contente de sourire d’un air béat.
Une fois les maillots enfilés et les peignoirs revêtus, nous sommes emmenés au spa. L’endroit est magique : à l’abri des vieilles pierres de la cathédrale, sous les voûtes de l’ancienne crypte, sans doute, se cache la petite piscine, les salles hammam et sauna, les salles de massage et les sièges. Un buffet offre des boissons froides et chaudes ainsi que des graines et autres fruits secs. De quoi passer un excellent moment.
Chacun notre tour, nous passons sur la table de massage. Pendant que l’un profite des mains de la masseuse, l’autre s’essaie au matelas massant. Là, seule, je m’apaise, enfin. Mes pensées vagabondent, mon esprit tourne ; je me reconnecte à moi. Enfin.
Puis nous nous retrouvons pour profiter du spa. En-dehors de nous, deux femmes sont là, et personne d’autre. Le spa nous est presque réservé : le rêve absolu ! Après deux fois vingt minutes de massages, nous profitons d’1h40 de spa avant d’affronter le monde sous un ciel éclatant de bleu.







- Informations :
Notre avis
Mais quel bonheur ! Que dire de plus ? Le cadre de cette ancienne chapelle est, en soi, déjà magistral. En-dehors de ça, l’endroit est un apaisement total, l’accueil a été chaleureux et prévenant et les massages ont opéré un bien fou. Le sauna et le hammam étaient idéaux, la piscine avec siège allongée petite mais très plaisante. Rien de négatif ne nous vient en repensant à ce moment. Par delà les bénéfices physiques, je dois ajouter les bénéfices moraux que cette pause a opérés : par sa douceur et sa quiétude, et par la solitude bienfaitrice qu’il offrait, j’ai pu affronter mes pensées sombres et les laisser, enfin, partir. Me retrouver, me reconnecter à moi, respirer à nouveau. Et alors, aborder ce week-end avec l’enthousiasme qu’il méritait. L’un des plus beaux spas que nous ayons fait jusque là, sans aucun doute.
La place d’Allier et la grande roue




Allégée de ma noirceur de ces derniers temps, je retrouve avec joie le ciel bleu du dehors. Je suis refaite ; Jipé, lui, est enchanté de sa surprise. Il a de quoi l’être.
Il est près de 13h, nos estomacs gargouillent vaguement. Nous nous lançons donc à l’assaut de Moulins et de son centre historique.
Après un repas sur le pouce, nous dérivons sur la place d’Allier. D’une ville comme Moulins, que j’imaginais petite, je n’attendais pas un tel endroit. Quoique largement encombrée de la grande roue éphémère qui y est installée, elle est assez grande, tout en longueur, bordée de commerces dont certains très anciens. Nous passons réserver une table au Grand Café pour le soir puis optons pour la grande roue, avant de nous éloigner de la place.
- Informations : place d’Allier, centre historique de Moulins.
Notre avis
Une place sympathique, décorée d’une fontaine, cernée de bâtiments anciens, et qui paraît comme l’un des centres névralgiques de la ville, notamment en soirée. La grande roue, elle, ne présente pas beaucoup d’intérêt : nous étions trois duos à vouloir y monter, nous nous sommes présentés au guichet avec deux ou trois minutes de décalage, et pourtant, la roue ne s’est pas arrêtée pour nous faire entrer à tour de rôle. Trois tours de roue, sans aucun arrêt, ne serait-ce qu’au sommet afin de profiter de la vue. Intérêt très limité pour nous.
Le Musée Anne de Beaujeu










Remontant le centre par des rues adjacentes, nous contournons le musée Anne de Beaujeu et rejoignons l’entrée. Notre objectif : visiter la Maison Mantin, accolée au musée, dont l’une des visites guidées se tient dans l’après-midi. Le guide à l’accueil affiche un air désolé. « Tout est réservé cet après-midi. » En échangeant avec lui, nous apprenons que deux places sont libres le lendemain à 14h. Nous hésitons, car nous projetons de partir tôt. « La visite dure 1h15, pas plus. D’ordinaire, nous invitons les gens à visiter le musée après la maison, mais vous pouvez très bien inverser : visiter le musée en autonomie maintenant, revenir demain pour la visite de la Maison Mantin et partir tout de suite après. » Convaincus, nous réglons nos entrées et prenons la direction du musée.
Installé dans l’ancien palais des Bourbons selon la volonté de Louis Mantin, le musée s’étend sur tout le rez-de-chaussée et dans les étages. S’y côtoient des vestiges égyptiens, des restes paléolithiques, puis gaulois, du baroque, de l’art moulinois. L’exposition temporaire, elle, s’intéresse aux arts asiatiques. L’enchaînement est fluide, logique, intelligemment orchestré.
- Informations : Musée Anne de Beaujeu, 3 place Laussedat 03000 Moulins, Présentation – Sites et musées départementaux de l’Allier
Notre avis
Le musée est étonnamment peu cher au vu de ce qui y est présenté. Les collections sont intéressantes, la présentation logique et très bien pensée, et les descriptions sont concises mais précises. Dans chaque galerie, un coin ludique est spécialement aménagé pour les enfants, comme dans beaucoup de musées. Toutefois, contrairement à d’autres, ces coins ne s’écartent pas des objectifs des salles mais s’y intègrent parfaitement. Les jeux sont diversifiés, toujours ludiques, très abordables, facilement compréhensibles, et intéressants aussi bien pour les enfants que pour nous. De belles découvertes, un décor somptueux, et des galeries aérées dont on ne sort pas avec l’impression d’avoir trop ingurgité d’un coup. Un très beau musée à faire.
La cathédrale








Sortis du musée, il nous reste du temps encore, ce qui est idéal, puisque la cathédrale se trouve tout près de là. Nous nous y rendons donc d’un pas léger. La clarté des pierres extérieures contrastent étonnamment avec le gris sombre à l’intérieur. Comme souvent, la hauteur de l’édifice nous souffle. Nous déambulons dans les allées, admirons les alcôves, contemplons l’autel surélevé devant lequel se prosternent deux modestes chaises. « Quand même, ça doit être grandiose de se marier ici. Au moment où tu remontes l’allée, tu dois avoir des frissons tant c’est beau ». Derrière nous, la double porte d’entrée principale a été ouverte, ce qui nous surprend. Et ce qui me met évidemment la puce à l’oreille.
Et ce qui devait arriver arriva : nous voilà sur le parvis de l’église, face à un cortège de mariage duquel se détache très nettement la mariée, qui resplendit. Avant que les yeux ne se tournent vers l’édifice, nous nous fondons dans le décor et disparaissons par une aile, désireux de ne pas perturber ce moment magique.
- Informations : Cathédrale Notre-Dame, place des Vosges, 03000 Moulins, Cathédrale Notre-Dame – Office de Tourisme de Moulins , capitale des Bourbons
Notre avis
Amoureux des monuments historiques d’envergure, cet édifice est pour vous. Immense, noble, et surtout en très bon état, la cathédrale est un élément central qu’il serait dommage de ne pas visiter. L’orgue, pièce maîtresse des églises pour ma part, est splendide, et la grandeur de l’autel m’a donné quelques frissons. Une visite qui vaut le détour au cœur du centre historique.
Le Grand Café
La dernière visite nous exténue. Trois bonnes heures s’offrent à nous avant notre réservation au Grand Café. Nous profitons donc du logement pour faire une sieste tardive, avant de nous préparer pour un dîner en amoureux.
A notre arrivée, notre table est prête et nous sommes vite installés. L’emplacement est parfait : autour d’une table ronde accolée à une banquette, nous faisons tout de face au reste du restaurant. L’endroit est grandiose. La décoration, d’époque, affiche l’éclectisme assumé de la fin du XIXe siècle. , Classique, baroque, Art Nouveau : loin d’être épuré, le style est, au contraire, pompeux, chargé, théâtral. Et c’est ce que l’on vivra tout au long de la soirée : une pièce de théâtre, un opéra, plein de clameur et de vie. Trompeurs, les miroirs au mur écartent les perspectives, font apparaître immense un espace somme toute restreint. Au loin, une partie des cuisines est visibles. Mais nos yeux ne sont attirés que par ce qui se tient au-dessus : un balcon, avancé sur la salle, digne d’une salle d’opéra. De quoi regretter de n’avoir pas réservé une table plus tôt pour y être assis.
Le service est efficace, sérieux mais sobre. A la carte, les plats végétariens sont annoncés. Ils sont peu nombreux, mais ils existent. Et à notre plus grand plaisir, ils ne sont pas un vague substitut de plats carnivores que l’on aurait simplement délesté de sa viande. Nous mangeons, et nous mangeons bien. A la dernière bouchée mangée et à la dernière goutte bue, nous peinons à quitter cet endroit qui nous aura tant dépaysés.










- Informations : le Grand Café, 49 place d’Allier 03000 Moulins, Accueil – Le Grand Café Moulins
Notre avis
Notre venue ici s’est faite sur un double hasard : Mamie, la mère de Jipé, qui nous glisse lors du dépôt des Monstres le nom de ce restaurant dont on lui a parlé ; et la présence au logement d’une carte offrant l’apéritif (que nous avons évidemment oubliée de prendre) et du menu. Le hasard fait souvent bien les choses. Nous craignions de rester sur notre faim, de payer davantage la réputation de l’endroit ainsi que sa décoration que la cuisine. Qu’on se le dise : le décor à lui-seul vaut de toute façon d’y rester manger. Mais que nenni : le Grand Café a été une belle surprise culinaire. De l’entrée au dessert, nous n’avons relevé aucune fausse note. Le service était efficace, la serveuse s’est répandue en excuses toute la soirée pour avoir oublié nos apéritifs, servis du coup en même temps que l’entrée, le cadre était un enchantement. A la sortie, nous avons été d’ailleurs surpris par le prix, que nous attendions plus conséquents. Un très bon rapport qualité-prix, et un plaisir des yeux pour les amoureux des vieilles modes.
Le CNCS, Centre National des Costumes de Scène
Nous passons un très bon week-end, nous nous laissons portés par la vie à Moulins, et soudain, le drame : sournoisement, dimanche survient. Il nous faudra partir.
Mais avant, nous voulons profiter. Le programme, d’abord léger, a changé en raison de l’ajout de la visite guidée de la Maison Mantin. Nous nous levons tôt, débarrassons le logement, lui faisons nos adieux. Puis l’âme en peine, le pied aussi lourd que le cœur, nous prenons le chemin du CNCS.
Le survol de l’Allier, qu’ont rendu énergique les fortes pluies, nous met du baume au cœur. A l’approche du CNCS, nos cœurs palpitent à nouveau : un lourd portail massif, une grande cour, et au loin, un vieux bâtiment plein de noblesse, tout en longueur. Comme dirait un célèbre philosophe poilu, « il en faut peu pour être heureux ».
A l’intérieur, l’entrée est sobre, les explications sont claires. Trois espaces : exposition permanente consacrée à Rudolf Noureev, l’un des plus grands danseurs du siècle dernier, exposition temporaire consacrée à Découflé ce jour-là, et espace consacré à la mise en scène théâtrale. Nous commençons par l’exposition sur Noureev, découvrons l’artiste, admirons ses costumes, sa collection personnelle et sa vie. L’exposition temporaire, elle, nous laisse plus circonspects : l’univers est marqué, mais nous correspond moins. Nous terminons par la partie mise en scène, avec des maquettes, une scène, les coulisses de la création de Cyrano de Bergerac par Podalydès, le décor confectionné pour la pièce en question, et plusieurs espaces plus petits nous présentant les différents métiers du spectacle. Deux heures plus tard, comme convenu selon nos plans, nous partons.














- Informations : Centre National des Costumes de Scène, quartier Villars, route de Montilly, 03100 Moulins, CNCS | Centre national du costume et de la scène
Notre avis
Positif dans l’ensemble, même si je dois l’avouer, je suis restée sur ma faim en terme de costumes. Je pense toutefois que c’est davantage dû au calendrier qu’à l’offre réelle du CNCS. En effet, il est expliqué lors de la visite que les costumes, fragiles, ne peuvent pas être exposés longuement. Aussi tournent-ils régulièrement au travers des fameuses expositions temporaires. Si la collection Noureev, étoffée, permet un roulement permanent, les autres expositions changent régulièrement au sein du CNCS. Or, l’exposition temporaire couvre une large partie des costumes présentés. Et malheureusement pour nous, le style de Découflé ne fait pas vraiment partie de nos goûts en la matière.Le CNCS reste toutefois un bel endroit à voir. L’espace mise en scène, petit mais extrêmement bien conçu, nous a beaucoup appris sur l’envers du décor. C’est exhaustif, interactif parfois, et vraiment intéressant. La découverte de Noureev a réveillé en moi l’envie de voir des ballets et de retourner à l’opéra et a permis de découvrir un danseur de talent qui a marqué l’histoire. Une visite incontournable de Moulins, à renouveler régulièrement, pour un tarif somme toutes modique.
L’église du Sacré Cœur
Lors de notre premier passage place d’Allier, nous avions repéré un autre monument relativement semblable à la cathédrale, du fait de ses deux hautes tours flanquées autour du corps principal. Au sortir du CNCS, nous nous posons place d’Allier pour un repas rapide et disposons contre toute attente d’un peu de temps pour nous. Curieux, nous investissons donc l’église du Sacré Cœur.
Je l’estime à peine moins grande que la cathédrale, mais vu le compas moisi que porte mon œil, je peux tout à fait me fourvoyer. A défaut d’une taille égale, sa prestance n’a rien à envier à Notre-Dame. L’intérieur est haut, vaste, aussi beau que la cathédrale. L’autel, plus sobre, fait face à un orgue plus modéré que Notre-Dame. Un détail pourtant déclenche un vrai coup de coeur : les vitraux.
Bon, Jipé et moi, nous adorons les vitraux. Vraiment. Dans une église, c’est ce que nous regardons en premier, ce que nous découvrons avec plaisir, et ce qui peut même modifier notre avis général sur l’endroit. Une église banale, voire laide, nous laissera un souvenir ému si ses vitraux nous émeuvent.
Et ceux du Sacré Cœur sont grandioses. Comme dans la cathédrale, les murs sont sublimés de maints vitraux rectangulaires, tout en longueur, à l’étroitesse noble assez commune en fin de compte. Mais en plus, des vitraux circulaires les accompagnent, énormes rosaces colorées, précises, détaillées, d’une beauté folle. Le soleil brûlant du dehors les métamorphosent en lumières, dont l’éclat arc-en-ciel baigne le sol de l’église. Nous plongeons dans leur aura, dévorons leur splendeur, et quittons le lieu enivrés de beauté.









- Informations : Eglise Sacré Cœur, 1 rue Blaise Pascal 03000 Moulins, Église du Sacré-Coeur – Office de Tourisme de Moulins , capitale des Bourbons
Notre avis
Que dire de plus après tant d’emphase ? La cathédrale est très belle, c’est à n’en pas douter. Mais les vitraux du Sacré Cœur à eux seuls valent la prestance de Notre-Dame. Ne serait-ce que pour la beauté de ces rosaces, la visite de cette église est une obligation. Ne passez pas par Moulins sans y faire un saut. Vraiment, vous ne le regretterez pas.
La Maison Mantin



Revigorés par notre repas, emportés par la beauté du Sacré-Coeur, nous remontons la place en direction du Musée Anne de Beaujeu, à côté duquel se tient notre dernière visite en ces lieux, la Maison Mantin. Après un détour par les toilettes publiques à proximité (que nous vous déconseillons absolument : jamais vu de toilettes aussi dégoûtants, et pourtant, j’ai travaillé sur une aire d’autoroute…), nous attendons l’heure de la visite.
La Maison Mantin attise notre curiosité. D’elle, nous savons encore peu de choses, si ce n’est qu’elle est à l’identique que lors du vivant de son propriétaire, Louis Mantin, mort au tout début du XXe siècle. Très vite nous est révélée l’expérience derrière la bâti : si la maison est à l’identique, c’est parce qu’elle répond au souhait testamentaire de Louis Mantin, qui a voulu offrir aux générations futures un aperçu grandeur nature de l’intérieur d’une maison d’un bourgeois du XIXe siècle. Un vrai réflexe d’historien.
Lorsque le guide arrive, plus question de faire la fine bouche quand à la nécessaire sociabilisation. Le groupe est assez restreint, ce qui me convient, et notre guide se montre grandiloquent, avenant et porté sur l’échange. Après un passage obligé par la salle de projection, où nous est présentée l’histoire de la maison, notre guide revient, nous conduit à tous les étages, dans chaque pièce, jalonnant ses explications d’anecdotes amusantes et de faits historiques précis et intéressants. Ce qui apparait comme un monologue n’en est pas un : régulièrement, il s’enquiert de notre écoute, s’assure que nous suivons, interroge nos regards circonspects. Au sein du groupe, l’interaction est naturelle et aisée, les questions fusent. A toutes, il répond précisément, même aux plus pointues, même à celles qui renvoient à des faits ou des époques historiques bien antérieures à la construction de la maison. Il est intarissable, passionnée, ça se voit et c’est très plaisant à écouter.
Après une heure trente de visite, il nous reconduit au musée, où quoiqu’à contrecœur, nous mettons fin à ce week-end en amoureux à Moulins.
- Informations : Maison Mantin, place du Colonel Laussedat 03000 Moulins, Louis Mantin – sa maison et son histoire – Sites et musées départementaux de l’Allier
Notre avis
Nous ne connaissions pas la maison avant, donc nous n’en attendions rien de particulier. La visite obligatoirement assurée par un guide m’a d’ailleurs rebutée, moi qui même en n’étant pas en période accrue d’asociabilité aime découvrir les choses par moi-même. D’ailleurs, j’ai bien failli refuser la réservation des deux places le dimanche lorsqu’elles nous ont été proposées. Quelle erreur cela aurait-il été ! Dans cette maison décorée selon diverses modes renvoyant à différentes époques, je me suis sentie à ma place. Des moulures, des plafonds hauts, des fauteuils Louis XV, des tapisseries anciennes, des lits à baldaquin… C’est chargé, c’est lourd, c’est coloré, c’est massif, c’est tout ce que j’aime ! En-dehors de mes goûts sans doute douteux mais assumés, la visite de la maison vaut le détour par l’authenticité qu’elle offre. Plongés au cœur du XIXe, nous avons fait un bon dans le temps, pris à la fois entre une époque qui parait à des millénaires de la nôtre tant le progrès technologique du XXe a été fulgurant, et des souvenirs de nos grands-parents au travers d’objets qui ont fait partie de leur quotidien et ont ainsi marqué nos enfances. Le XIXe, c’est loin, et c’est tout près en même temps. Et la Maison Mantin a su sournoisement nous le rappeler.
Autres restaurants
Si le Grand Café bénéficie de son propre chapitre, puisqu’il est une institution plus qu’un simple restaurant, nous avons trouvé à Moulins de quoi nous sustenter à tout moment de la journée.
Le Mamma Rosa
Mais pas forcément de manière qualitative.
Samedi, après le spa, nous rejoignons la place d’Allier et repérons ce petit restaurant italien aux abords de la place. La partie glace/crêpe est ouverte sur l’extérieur, la carte est sans chichi mais le tout parait prometteur. Il est 13h, nous entrons donc.
Comme dans tout restaurant, nous attendons d’abord à l’entrée, si d’aventure nous sommes censés être placés. La gérante, elle, est derrière le comptoir, au fond de la salle. « Pour commander, c’est ici ». Commander. Comme dans un fast-food. Ca commence déjà à tourner au vinaigre cette histoire.
Exit le petit restaurant italien. Fast-food, ce sera. Bon, nous relativisons, le fast-food est un bon moyen de manger rapidement et de repartir en exploration. Nous commandons chacun un menu incluant une boisson et un dessert. Nous consultons vite la carte, la gérante n’est pas d’une grande aide, ça n’a pas l’air de lui plaire que nous n’ayons pas compris le concept en amont. A la question de Jipé « quelle pizza végétarienne avez-vous ? », elle expédie une réponse avec un soupir. Elle nous tend le plateau, nous partons nous asseoir.
La pizza de Jipé arrive assez vite, tout comme mes pâtes italiennes aux champignons. En un coup d’œil, notre idée est faite : la pizza est correcte, mais la pâte, noire, est trop cuite. Quant aux pâtes… une assiette avec une portion un peu légère en son centre, portion composée de fusillis en sachet plastique type grande surface cuite al dente, sans doute (ce qui signifie pas cuites en l’occurrence pour ce type de pâtes de grande surface), accompagnées d’une sauce à base de crèmes-persil-champignons en conserve. Même à la maison, nous ne cuisinons pas à partir d’autant de conserve. Bref, rien de transcendant.
En dessert, pas de risque : chacun une crêpe. Je choisis caramel beurre salé, Jipé crème de marron. Les crêpières sont face à moi ; les énormes flacons de garniture aussi. Bon, je ne m’attendais pas à du fait maison, la déception est moindre. Mais c’était sans compter sur la dégustation. Honnêtement, je ne me souviens pas avoir goûté un caramel beurre salé industriel aussi infect. Déjà parce que ça fait longtemps que je le cuisine maison, tant c’est facile (pas digne d’un restaurant breton, mais pour notre usage personnel, c’est suffisant). Et même quand je l’achetais tout fait, ou sur des fêtes foraines, ou ailleurs, aucun n’est jamais arrivé à me révulser à ce point. Et ma crêpe en déborde.
Impossible de terminer. Je propose à Jipé de finir, il a l’habitude avec les desserts. Même lui grimace ; il finit ma crêpe en gardant soigneusement un morceau de la sienne pour faire passer le goût.
Alors, peut-être que nous nous sommes trop habitués à la qualité gustative, que nous avons développé un certain goût pour le luxe, et que la qualité des restaurants que nous faisons désormais aggrave la piètre performance des autres, au point de faire passer pour infect ce qui est simplement d’une qualité relative. Mais tout de même, la veille, nous avions mangé à Burger King, et le burger/frites ne nous avait pas rebutés à ce point. Au contraire, à côté, BK paraissait presque offrir une cuisine raffiné.
Rien à rattraper pour nous dans ce « resto », car rien ne nous y a plu. Ou alors, nous sommes vraiment mal tombés.
- Informations : Mamma Rosa, 1 rue d’Allier 03000 Moulins.
Le Taj Mahal


Nous sommes dimanche, il est midi passé, nous sortons du CNCS et devons rejoindre la Maison Mantin pour 14h. Flânant autour des Halles, près de la place d’Allier, nous traversons le marché, cherchant de quoi manger rapidement. Rien de ce qui est ouvert ne trouve grâce aux yeux de Jipé. Finalement, le Taj Mahal, ouvert, nous parait un bon compromis. Fast-food pakistanais, avec terrasse au soleil, il nous garantit un repas rapide avec des saveurs que l’on connait, et que l’on aime, et surtout, qui offre facilement du végétarien. Nous voilà donc au comptoir à commander un menu naan cheese frites pour ma part et un menu naan nature frites pour Jipé.
La commande est prête en peu de temps, nous mangeons en terrasse, sous le soleil d’octobre. Les naan fourrés nous rappellent les saveurs des kebabs que nous ne mangeons plus. L’ensemble tient les promesses affichées : c’est rapide, c’est consistant, et en fin de compte, c’est plutôt bon, des légumes aux falafels, en passant par les naans et la sauce maison. Pas prise de tête, pas de chichi, c’est de la street food d’intérieur, mais de la street food. Et un bon rapport qualité / prix.
- Informations : le Taj Mahal, 20 place d’Allier 03000 Moulins.
Conclusion
Que retenir de ce week-end à Moulins ? Peu de choses et tant à la fois. Loin d’être la ville de campagne désuète et mal vieillie que je m’attendais à trouver, Moulins se révèle une surprise étonnante et une ville agréable à visiter. Bâtie sur les vestiges de la grandeur des Bourbons, la ville n’a pas sombré dans une nostalgie mortifère qui l’enfermerait dans les lambeaux de sa gloire passée. Aux confluences de l’ancien et du moderne, Moulins continue à vivre, à bouger, et affiche son passé autant qu’elle perdure dans le présent. A deux, en famille, entre amis, il y en a pour plusieurs goûts dans cette ville à taille humaine. De quoi passer un très bon moment dans un endroit de l’Allier somme toutes plutôt sous-évalué.









Belle découverte de cette ville de mon adolescence collégienne.
Un peu délaissée par les visiteurs par rapport à Vichy, mais tant d’histoire à chaque coin de rue.